De la lâcheté à la complicité – Les errements d’une partie de la classe politique luxembourgeoise dans leur relation avec l’État d’Israël
Le débat public sur la politique de coopération au développement le 19 mars 2026 à la Chambre des Députés a montré à quel point nombre de personnalités politiques luxembourgeoises ont une vision très réductrice du conflit israélo-palestinien.
En ce jour, le président du groupe parlementaire CSV, entrecoupé par des «très bien», a ainsi déclaré à la tribune que « la sensibilisation doit être basée sur des faits vérifiables », et « qu’elle doit être transparente et politiquement neutre » et a reproché ouvertement au Comité pour une Paix Juste au Proche-Orient, « une ONG qui a reçu de substantielles aides de financement étatiques au cours de ces dernières années », « d’utiliser l’aide au développement de manière unilatérale pour des activités de propagande », fin de citation.
A quelle propagande le président du groupe parlementaire CSV fait-il concrètement allusion si ce n’est la “propagande” pour les droits égaux des Palestiniens et des Israéliens, la fin de l’occupation militaire de la Cisjordanie et du blocus de la bande de Gaza ?
Par ces propos, le président du groupe parlementaire CSV, non seulement, diffame et discrédite une association animée par les valeurs humanitaires qui sont à la base de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, mais se met lui-même en défaut par sa vision arbitraire de la situation sur place.
Le responsable politique qu’il est ignore intentionnellement toute une série de faits vérifiables et copieusement documentés :
– Le Premier ministre Netanyahou est toujours sous mandat d’arrêt international pour des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre présumés commis dans la bande de Gaza depuis le 8 octobre 2023.
– Plus de 72 000 morts à Gaza, dont une écrasante majorité de civils, sont à déplorer. A cela, il faut ajouter plus de 170 000 habitants blessés et des milliers de corps toujours sous les décombres.
– L’enclave de Gaza a été quasi totalement détruite en deux ans de guerre.
– Environ 1 900 000 Palestiniens, soit près de 90 % de la population totale de Gaza, ont été déplacés au moins une fois.
– Plus de 800 morts sont à déplorer dans la bande de Gaza depuis l’accord de cessez-le-feu du 10 octobre 2025.
– En ce mois de mai 2026, le blocage systématique par Israël de l’aide humanitaire met en grand danger la population de la bande de Gaza. La population doit faire face à une crise sanitaire sans précédent et à une insécurité alimentaire persistante. La plupart des établissements de santé ne fonctionnant que partiellement. Il n’y a pratiquement plus d’oxygène ni de générateurs dans les hôpitaux. Environ 1 600 000 de personnes souffrent d’une insécurité alimentaire élevée. Plus de 100 000 enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë. Des milliers de tonnes de déchets s’accumulent sans moyens d’assainissement, entraînant une propagation alarmante des infections. Des milliers d’amputés, dont de nombreux enfants, sont dans l’incapacité d’être appareillés. Plus de 370 000 logements sont détruits ou endommagés et la quasi-totalité des écoles sont hors service.
– A l’heure actuelle, Israël continue à maintenir l’interdiction aux journalistes étrangers d’entrer à Gaza, une mesure en vigueur depuis octobre 2023, alors que la présence sur le terrain de journalistes indépendants serait essentielle pour analyser la situation sur place de manière objective.
– 102 nouvelles colonies illégales en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ont été approuvées par l’actuel gouvernement israélien d’extrême-droite depuis fin 2022. Plus de 700 000 colons israéliens y résident illégalement. L’extension systématique de ces colonies rend de plus en plus improbable la création d’un État palestinien vivable.
– En 2026, la violence des colons israéliens en Cisjordanie atteint des sommets historiques, caractérisée par une fréquence et une impunité accrues. L’ONU décrit une stratégie délibérée visant à chasser les populations palestiniennes de leurs terres, en incendiant des maisons, des véhicules, des mosquées, des réservoirs d’eau et en sabotant systématiquement les récoltes d’olives. L’ONU rapporte que ces agressions se déroulent fréquemment en présence ou avec la participation active des forces de sécurité israéliennes.
– Une cartographie mise à jour par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies montre 925 checkpoints et autres obstacles au mouvement de la population palestinienne à travers la Cisjordanie et Jérusalem-Est.
– Une intensification des opérations militaires ciblant spécifiquement les infrastructures des camps de réfugiés en Cisjordanie a entraîné, là aussi, des vagues de déplacements massifs. Les rapports de l’ONU décrivent, à côté de la destruction des maisons d’habitation, un schéma récurrent de dommages systématiques aux infrastructures essentielles comme les routes, les réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissement.
– Sous la direction de responsables politiques comme Itamar Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale, et Bezalel Smotrich, ministre des Finances, le projet du « Grand Israël », un État souverain s’étendant sur l’ensemble des territoires palestiniens – from the river to the sea -, est passé d’une idéologie marginale à une composante influente de la politique gouvernementale israélienne.
– Au début du mois d’avril 2026, on dénombre plus de 9 600 prisonniers palestiniens détenus dans les prisons israéliennes, dont environ 350 mineurs et plus de 3 500 personnes en détention administrative, sans inculpation ni procès.
– Une nouvelle loi votée le 30 mars 2026 prévoit la peine de mort par pendaison pour les auteurs d’attaques terroristes meurtrières. Selon de nombreux experts, cette loi est rédigée de manière à cibler quasi exclusivement les Palestiniens, tout en excluant de fait les citoyens israéliens. Une peine de mort pour la seule population palestinienne, une loi qui leur promet la mort, non seulement pour ce qu’ils font mais aussi pour ce qu’ils sont.
Face à cette réalité, ne sommes-nous pas en droit de nous poser les questions suivantes :
– Qui, du CPJPO ou du président du groupe parlementaire CSV, est celui qui a une vision unilatérale, non équilibrée et politiquement non neutre ?
– Pourquoi tant de responsables politiques luxembourgeois et européens accordent-ils toujours une impunité à ce gouvernement israélien nationaliste et suprémaciste ?
Cette impunité accordée à Israël depuis des dizaines d’années par la communauté internationale n’a rien fait d’autre qu’encourager ce dernier à multiplier les violations du droit international humanitaire. Continuer à ne pas sanctionner Israël ne fait que renforcer cette situation et constitue le lit à de nouvelles violations graves des droits humains.
Au final, se prononcer systématiquement, comme le font une majorité des femmes et des hommes politiques à la Chambre des Députés, contre toute sanction à l’égard de la politique raciste d’Israël, ne témoigne pas seulement de beaucoup de lâcheté, mais rend ces derniers coupables de complicité de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. De plus, discréditer et diffamer ouvertement, en séance publique à la Chambre des Députés, les militants humanitaires et vouloir bâillonner toute forme d’expression de soutien aux Palestiniens opprimés ne les grandit pas non plus.
Jules Barthel
Membre du CA du Comité pour une Paix Juste au Proche-Orient.

