Le Comité pour une paix juste au Proche-Orient, sous le feu d’attaques diffamatoires, réagit.
Dans un article publié dans le Lëtzebuerger Land du 6.11.2020 sous le titre « Schattenseiten einer Lichtgestalt », Claude P. Müller reproche au ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn son apparition dans un symposium du CPJPO, rassemblant des militants pour la paix israéliens et palestiniens et qu´il qualifie de « übliche Veranstaltung zur Delegitimierung Israels ». Dans ce contexte, le Comité pour une paix juste au Proche Orient (CPJPO) est diffamé en tant qu´antisémite ; l´auteur affirme que notre association utilise des « Symbole der Nazis und der Terrororganisation Hisbollah », ce qui est une calomnie à la fois grave et grossière suggérant que le CPJPO adhère à l´idéologie ou aux méthodes de ces organisations. Il met le CPJPO également en relation avec la performance d´une artiste juive israélienne, avec laquelle le CPJPO n´a pourtant aucun lien. Ces reproches n´ont aucun fondement, mais sont repris par certains politiciens pour alimenter leur agenda politique, en premier lieu par le député F. Kartheiser du parti ADR à la Chambre des Députés, contre lequel le CPJPO a d´ailleurs déposé plainte pour atteinte à l’honneur et à la réputation.
Le reproche de « délégitimer » ne fait guère de sens : d’abord qu’entend M. Muller par « délégitimer » ? Il n’en dit rien. Quoi qu’il en soit, critiquer la politique d’un État, lui rappeler ces obligations envers le droit international et les droits humains ne signifient certainement pas remettre en question son droit à l´existence, si telle est la crainte qui s’exprimerait derrière « délégitimer ». Au contraire, cela signifie prendre cet État au sérieux concernant sa prétention d´être un État démocratique. C´est pourquoi nous n´utilisons pas le terme de « Judenstaat », comme le fait M. Müller, pour désigner Israël, comme nous ne parlons pas de « Moslemstaat » ou de « Chinesenstaat ». Ces termes ont une connotation raciste ou de discrimination ethno-religieuse ; ils sont contraires à la conception d´un État démocratique qui attribue à tous ses citoyens les mêmes droits et devoirs. Pour le rappeler clairement ici et contre toutes les affirmations calomnieuses contraires : le CPJPO défend les droits légitimes du peuple palestinien et plaide pour une solution de paix juste pour les deux parties. Il ne remet pas en cause le droit à l’existence d´Israël.
Le CPJPO
Hommes et femmes d’horizons politiques, professionnels, philosophiques et religieux différents, nous avons créé le Comité pour une paix juste au Proche-Orient en avril 2002 afin de soutenir une paix juste et durable dans cette région du monde. Les valeurs à la base de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Droit International constituent nos références éthiques. Conscients des crimes contre l’humanité commis au nom d’idéologies racistes, nous rejetons toutes formes de racisme, de discrimination raciale ou d’incitation à la haine raciale.
Nous gérons trois projets en parallèle et qui sont complémentaires : deux projets de coopération en Palestine (un projet de soutien psychosocial aux enfants du camp de réfugiés de Jénine et un projet de soutien à la microfinance palestinienne) ainsi qu’un projet de sensibilisation aux droits humains et au développement juste et durable au Luxembourg. En tant qu’ONG de développement, notre mission n´est pas d’être le porte-parole de quiconque mais de contribuer à l’éducation aux droits humains et à la paix, à la citoyenneté mondiale des jeunes et à l’éducation aux objectifs de développement durable des Nations-Unies appliqués à la Palestine.
Nous sommes des citoyens engagés au-delà de la cause d’une paix juste au Proche-Orient. Nous soutenons toutes les autres luttes pour le respect des droits de l´homme et du droit international dans le monde.
Le CPJPO dénonce l´antisémitisme
Le reproche d‘antisémitisme est devenu une arme de propagande pour justifier les politiques d´Israël ou pour intimider et faire taire les voix qui exigent la fin de l’occupation et de la colonisation, une propagande qui exploite les sentiments de culpabilité historique. C´est une stratégie qui menace la liberté d’expression et le droit à dénoncer les injustices et le viol du droit international. Des formules linguistiques sont créées pour soutenir cette propagande, telles que « délégitimation d´Israël », « israelbezogener Antisemitismus », « neuer Antisemitismus », l´amalgame entre « antisionisme » et « antisémitisme », pour n’en nommer que quelques-unes. Le but est d´occuper et de dominer l´espace public avec des formules, reprises par certains médias sans distanciation critique, pour imposer un certain narratif et une certaine perception du conflit. L’accusation d´antisémitisme devient un argument manipulatoire, dévié de son but original, qui est la lutte contre le racisme antijuif. Cette lutte et la prévention de préjugés et d´attitudes racistes en général doit se faire par le biais de la sensibilisation aux valeurs des droits de l´homme et du droit international, instauré suite aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale et des crimes nazis. Cette sensibilisation fait partie de tous les actions et projets du CPJPO. On ne peut lutter pour ces valeurs et en même temps instaurer des tabous et des interdictions de réflexion critique concernant les violations de ces valeurs par Israël ou par tout autre État. La double morale et les doubles standards rendent les efforts de prévention inefficaces et leur enlèvent toute crédibilité.
Le rapport RIAL : un document de désinformation sans légitimité ni académique ni institutionnelle
Dans les accusations contre le CPJPO, l´auteur se réfère en grande partie au rapport 2019 de l’asbl Recherche Information sur l’Antisémitisme au Luxembourg (RIAL) qu´il qualifie de «luxemburgischer Antisemitismusbericht », formulation qui induit en erreur. Ce rapport émane en effet principalement de la plume d´une personne privée qui publie sous le nom de cette asbl et qui n´a aucune légitimité officielle, académique ou scientifique. Le rapport est un document de nature propagandiste de 112 pages, confus, polémique, qui mêle toutes sortes de prises de position, reproductions d´articles et est parsemé du début à la fin de symboles et caricatures nazis. Le fil rouge semble se résumer en un motif principal : attaquer et discréditer le CPJPO.
Le rapport RIAL présente ainsi des « statistiques » supposées démontrer que le CPJPO est responsable d´une bonne partie des « incidents antisémites » au Luxembourg (38%). Cette démonstration est faite à l´aide d´une méthode si tendancieuse et subjective, ne répondant à aucun des critères les plus élémentaires de recherche en sciences sociales, qu´on pourrait s´en moquer et la mettre à la poubelle, s´il n´y avait pas des personnes qui reproduisent publiquement ces affirmations sans les vérifier.
Le document fait référence au CPJPO 314 fois. Évidemment cela choque le lecteur et c´est exactement le but. Et puisque rares sont les personnes qui ont lu la totalité du rapport, peu se rendent compte de l´intention malveillante des auteurs.
Concernant les « incidents antisémites », il faut savoir que ce sont des écrits (posts) sur Facebook que l´auteur du rapport classifie lui-même et selon ses propres critères comme « incidents antisémites ». Il ne s’ agit donc pas des cas enregistrés par la police, voire de condamnations en justice. Des liens sont créés entre des écrits de personnes quelconques et le CPJPO, par exemple par le biais d´un commentaire voire d’un simple like qu’un internaute laisse sur la page Facebook du CPJPO. Dans le rapport du RIAL, ces personnes deviennent, par un étrange tour de passe-passe, des « sympathisants » du CPJPO : par la suite, tout ce qu´ils écrivent est évalué comme « incident antisémite » et attribué au CPJPO. Des écrits sur un blog sans aucun lien avec le CPJPO sont ainsi attribués au CPJPO. De même la réflexion critique d´un membre du CPJPO publié dans un quotidien luxembourgeois et dont le contenu ne plaisait pas à l´auteur du rapport vaut comptage comme « incident antisémite » attribué au CPJPO.
À noter aussi que l´auteur du rapport pratique un profilage discutable de citoyens « suspects » à l´aide de sa base de données, avec des critères tels que l’attitude politique, l’appartenance à un parti ou association, la religion ou l’ethnie, et d’autres données personnelles et sensibles, actuelles ou passées. Quid de la protection des données à caractère personnel ?
De manière globale, ce rapport prétend détecter des incidents antisémites sur base de critères subjectifs de l´auteur en utilisant la définition « de travail » de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance et les exemples très controversés qui accompagnent celle-ci. Cette définition n’a rien de « légal » et pose problème parce qu’elle rend difficile, voire impossible toute critique envers la politique d’oppression et de colonisation du gouvernement israélien. C`est d´ailleurs la raison pour laquelle elle a été adoptée sans les exemples par le parlement luxembourgeois – chose que l’auteur du rapport passe sciemment sous silence.
Pour une approche sur base de critères professionnels
Une récente évaluation externe par un organisme spécialisé des actions, positions et publications du CPJPO, commanditée par la Direction de la coopération, a montré que nos positions sont en concordance avec le droit international et les conventions des droits de l´homme. Citons l’une des conclusions du résumé de cette évaluation: « En termes de positionnement de l’organisation, nous avons tout d’abord constaté que les messages véhiculés par le CPJPO sont conformes au droit international et au respect des droits humains. Les intervenants mobilisés lors des activités d’Education au Développement et de sensibilisation qui sont organisées par le comité présentent des profils adaptés à cette orientation générale du discours. L’expression publique du CPJPO ne peut pas être assimilée à de la propagande, et elle apparait compatible avec un cofinancement du gouvernement luxembourgeois. De plus, les interventions proposées par le CPJPO s’inscrivent en cohérence avec les documents de référence qui les encadrent, tels que la charte EDD, les conditions générales régissant les relations contractuelles entre le MAEE et les ONG, ou encore la stratégie de la Coopération luxembourgeoise ». [1]
En conclusion, le CPJPO estime que l´observation de l’antisémitisme et la lutte contre celui-ci sont importants, même si elles ne font pas partie directement de son objet. Face à l´abus du reproche d´antisémitisme et son utilisation perverse à des fins politiques, le CPJPO est d´avis que l´observation et la lutte contre l´antisémitisme au Luxembourg devraient être réalisées par une institution étatique ou paraétatique, indépendante et opérant sur des bases professionnelles et légales claires. Nous rejoignons l´avis d´autres associations, qui argumentent en faveur d´un seul organisme neutre traitant toutes les formes de racisme et de discrimination.[2]
Le CPJPO reste ouvert à tous les échanges de bonne foi aussi bien sur la question palestinienne que sur la critique d’Israël et les risques d’antisémitisme.
Le conseil d’administration du CPJPO
Infos sur www.paixjuste.lu
[1] Voir le site de la direction de la coopération https://bit.ly/3fx71od où le lecteur trouvera le résumé de l’évaluation.
[2] Voir Lettre ouverte au Président de la Chambre des Députés et au Premier Ministre : https://bit.ly/33aEVdt