UE: as-tu oublié la Palestine? Interpellation de Federica Mogherini

Mme Federica Mogherini, haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, vice-présidente de la Commission européenne, était en visite au Luxembourg ce 12 mai. A cette occasion la Commission européenne avait invité le Cercle de Coopération des ONG de Développement à une rencontre avec Mme Mogherini à la Chambre des Députés, rencontre qui devait porter sur la cohérence de la politique européenne.

Le CPJPO, membre du cercle des ONG, se préparait à y participer et à interpeller la haute représentante sur la politique de l’UE face à la situation au Proche-Orient. Mais Federica Mogherini a annulé au dernier moment sa rencontre avec les ONG, pour des raisons inconnues.

Le jour où la haute représentante se trouvait au Luxembourg, d’anciens hommes politiques et diplomates européens d’envergure (dont Hubert Védrine, Roland Dumas, Miguel Moratinos, Mary Robinson, Javier Solana…) publient une lettre ouverte adressée à Mme Mogherini et aux ministres des affaires étrangères : ils appellent l’UE à un changement radical de cap dans le conflit israélo-palestinien, ils estiment que l’UE ne peut plus continuer à se cacher derrière le dos des Etats-Unis, qu’elle est ainsi en train de perdre toute crédibilité internationale et qu’à force de détruire la solution des deux Etats, Israël se place devant un choix, à savoir une démocratie non juive ou une non démocratie juive.

Ceci à un moment où des ministres du nouveau gouvernement israélien d’extrême droite se profilent par des appels au génocide à l’encontre du peuple palestinien. A un moment aussi où de plus en plus souvent, Israël refuse l’entrée à des citoyens, européens ou non, les enferme, de manière arbitraire, au centre de rétention de l’aéroport avant de les renvoyer, les traitant de « terroristes » simplement pour avoir un nom d’origine arabe ou pour être du côté de la justice et du droit. Pas plus tard que ce 16 mai le Secrétaire Général de Pax Christi International José Henríquez, en personne, fut interdit d’entrer en Israël et en Palestine.

Dans ce contexte, nous jugeons utile de rendre publiques les trois questions que notre ONG, et à travers elle la société civile, s’apprêtait à poser à la représentante de la Commission européenne. Nous attendons les réponses avec grand intérêt :

  • En rapport avec la colonisation galopante, l’UE déclare illégale la construction des colonies mais encourage leur développement en important de celles-ci une quantité de produits et de services. Et cela pour une valeur qui dépasse nettement celle de nos importations des territoires palestiniens.
  • l’UE est le principal bailleur de fond de l’Autorité palestinienne. Alors que la politique israélienne fait tout pour détruire la solution des deux Etats (en le disant clairement), alors que des ministres israéliens d’extrême droite appellent ouvertement au génocide des Palestiniens, pourquoi l’UE continue-t-elle à entretenir des relations privilégiées avec Israël – écartant toute forme de sanctions, comme p.ex. le gel de l’accord d’association ? Comment se fait-il que l’UE sanctionne la Russie du fait de ce qui s’est passé avec la Crimée et en Ukraine de l’Est, mais pas Israël qui, par sa politique des colonies, occupe chaque jour de nouvelles portions de territoires palestiniens et cela depuis plus de quarante ans.
  • Régulièrement et de plus en plus souvent, des citoyens européens qui souhaitent se rendre en Palestine – souvent pour des raisons humanitaires -, sont arrêtés, enfermés et renvoyés par Israël (à l’aéroport de Tel-Aviv ou même sur le pont Allenby dans la Vallée du Jourdan), alors qu’ils ont tous les documents requis. C’est arrivé aussi à des citoyens luxembourgeois. Israël a d’ailleurs régulièrement le même comportement avec des eurodéputés et même des ministres européens. Est-ce que l’UE continuera à observer cela sans réagir et sans protéger ses citoyens et représentants politiques ?

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