Reconnaissance de l’Etat palestinien par le Luxembourg : remise aux calendes grecques ?

Article publié par le CPJPO dans le Wort et le Tageblatt à l’occasion de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien le 29 novembre:

Reconnaissance de l’Etat palestinien par le Luxembourg : remise aux calendes grecques ?

Carte Palestine 1946-2013

Tous les ans le 29 novembre, la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien est célébrée par l’ONU. Le choix de cette date nous rappelle que le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale des NU adoptait la résolution 181, qui prévoyait la création en Palestine d’un « État juif » et d’un « État arabe », l’Etat de Palestine. Celui-ci attend toujours. L’occasion de s’interroger sur la position actuelle du Luxembourg.

En 2014, notre Chambre des députés a en effet invité le gouvernement (GdL) à reconnaître formellement l’Etat de Palestine. Mais le moment ne serait pas « opportun ». Pourtant, cela fera bientôt 50 ans que dure l’occupation des territoires palestiniens destinés à former le futur Etat et que chaque jour les colons israéliens dépossèdent davantage les Palestiniens de leurs terres. 
Deux types de raisons peuvent expliquer l’attentisme de notre gouvernement. 

  • 1e Des raisons d’ordre général et géopolitique:

– Le gouvernement israélien est soutenu dans sa politique d’obstruction de la reconnaissance de la Palestine par les Etats-Unis, partenaires de poids du GdL et de l’Union européenne (UE). 
– Israël est quasiment assimilé à un 29e Etat membre de l’UE et est un partenaire clé de l’OTAN au Proche-Orient.
– Israël sera bientôt un partenaire énergétique central de l’UE lors de l’exploitation des gisements de gaz au large des côtes israéliennes et palestiniennes.
– Israël bénéficie de l’aide inconditionnelle, politique et financière de nombreuses associations dans le monde, à commencer par le puissant American Israel Public Affairs Committee (AIPAC).
– Sur le plan religieux, des millions de chrétiens fondamentalistes qui croient au retour du Messie une fois que tous les Juifs seraient rassemblés (et convertis) en Israël, soutiennent l’expansionnisme israélien. 
– Sur le plan culturel, Israël profite d’une image favorable en Occident, liée à la culpabilité de l’Europe suite à la Shoah ; au statut de « seule démocratie » au Moyen-Orient; à la proximité culturelle entre Européens et Israéliens; à l’invention récente du concept de civilisation judéo-chrétienne (invention qui s’assoit sur des siècles de persécution des juifs par l’Eglise catholique), par opposition à l’islam, devenu l’ennemi.

  • 2e Des raisons spécifiques au Luxembourg:

– Depuis 2010, Israël est l’un des 15 pays non membres de l’UE avec lesquels le GdL a choisi de cultiver des relations économiques privilégiées. 
– Cette relation amène des contacts étroits, comme en septembre 2016 lorsque la délégation luxembourgeoise conduite par le Premier ministre a « rencontré une vingtaine de dirigeants d’entreprises israéliennes, issus des secteurs de la finance, de la biotechnologie, des nouvelles technologies et de l’aérospatiale afin d’augmenter le potentiel de coopération et d’intensifier les échanges commerciaux entre Israël et Luxembourg. » 
– Des coopérations concrètes avec Israël se situent dans le domaine de l’industrie automobile (Raval à Bascharage), des satellites (SES Broadband Services avec Gilat Satellite Networks), etc. L’entreprise d’armement Elbit Systems a une succursale à Luxembourg ; elle équipe l’armée luxembourgeoise. 
– La coopération avec l’Uni.lu dans le domaine de la recherche n’est pas en reste. Israël participe d’ailleurs comme partenaire à part entière aux programmes de recherche de l’UE (Horizon 2020), où des milliards d’euros sont en jeu.
– Sur le plan politique, le DP qui dirige l’actuelle coalition gouvernementale est particulièrement peu critique de la politique israélienne.  
– L’influence du lobby pro-israélien réduit sans doute la marge de manœuvre de notre politique.
– Le porte-parole du parti d’opposition ADR défend quant à lui à toute occasion Israël au détriment de la Palestine.

Voici probablement pourquoi le gouvernement luxembourgeois actuel n’est pas prêt à reconnaitre un Etat de Palestine. Pourtant il aurait de bonnes raisons de le faire: l’attachement du Luxembourg aux droits de l’homme, le respect du droit international et du vote de la Chambre des députés. Notre gouvernement, si soucieux de l’équidistance entre les parties, pourrait ainsi contribuer à rééquilibrer un tant soit peu le rapport de force en donnant à la Palestine tous les attributs d’un Etat à part entière.

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