Que dire à ceux qui rejettent le mouvement citoyen BDS – boycott désinvestissement sanctions ? Paroles de syndicaliste à un ami.

« Je prends acte de ton affirmation selon laquelle la communauté juive de Belgique est dans sa grande majorité pour une solution à deux États en prenant comme référence les frontières de 1967. Si tel est bien le cas, je ne peux être qu’entièrement d’accord avec cette communauté.
Et c’est précisément parce que la colonisation ne respecte pas les frontières de 1967 et qu’elle rend chaque jour plus difficile une solution à deux États que s’est créé le mouvement BDS. Et c’est précisément pour cette raison que d’éminents juristes originaires de quatorze pays européens lui ont accordé leur caution. Je note que, parmi les 203 signataires, il y a onze Belges (dix universitaires + un avocat, président de la Ligue des Droits de l’Homme) : on pourrait difficilement trouver un panel plus prestigieux (et je présume que dans les treize autres pays, il en va de même) :

Prof. Eric David, Université Libre de Bruxelles
Prof. Jean Salmon, Université Libre de Bruxelles
Prof. Olivier Corten, Université Libre de Bruxelles
Prof. Francois Dubuisson, Université Libre de Bruxelles
Prof. Pierre Klein, Université Libre de Bruxelles
Prof. Jaques Englebert, Université Libre de Bruxelles
Prof. Anne Lagerwall, Université Libre de Bruxelles
Prof. François Ost, Université Saint-Louis, Bruxelles
Prof. Dr émérite Dirk Voorhoof, Université de Gand ; Centre européen pour la liberté de la presse et des médias
Prof. Dr Eva Brems, Centre des droits de l’homme, Université de Gand
Alexis Deswaef, avocat au barreau de Bruxelles ; président de la Ligue des Droits de l’Homme (Belgique).

Jamais ces spécialistes du droit international n’auraient pu soutenir un mouvement à caractère antisémite.
Qu’il puisse éventuellement exister des dérives regrettables chez l’un ou l’autre partisan de BDS (sur lesquelles s’appesantit Laurent Joffrin dans son édito du 14 août de Libé) n’enlève rien à la légitimité d’un mouvement visant essentiellement à combattre l’apartheid tout en reconnaissant à l’État d’Israël le droit d’exister dans des frontières internationalement reconnues.
L’affirmation de Laurent Joffrin selon laquelle « beaucoup de militants sincères, qui croient lutter pour le droit international, risquent de se trouver instrumentalisés au profit d’une entreprise extrêmement douteuse » n’est qu’un lieu commun d’une portée tellement générale qu’elle pourrait aussi bien s’appliquer au camp des défenseurs inconditionnels de la politique menée actuellement par l’État hébreu. En effet, dès qu’il s’agit d’engagement politique, des risques existent de perversion du projet, car on se situe toujours in dubious battle, pour reprendre les termes de Steinbeck. Mais cela ne signifie pas que toutes les options se valent ni que, par exemple, l’apartheid puisse jamais se justifier.

* * *
Quant à la soi-disant partialité de l’ONU vis-à-vis d’Israël, il s’agit là, me semble-t-il, d’une contrevérité largement répandue, du fait notamment de Benjamin Netanyahu, qui n’a pas hésité à déclarer le 22 septembre 2016 à l’Assemblée générale de l’ONU : « De force morale, les Nations unies sont passées à une farce morale. »
Tu me sembles adhérer à ce discours trompeur quand tu écris : l’ONU a adopté ces 10 dernières années 223 résolutions contre Israël (…) et Cette année 20 résolutions contre Israël et 4 pour le reste du monde… Mais qu’en est-il en réalité ? J’ai pris la peine d’aller consulter le site officiel des Nations unies. Voilà le résultat de mes recherches :

  • pour les dix dernières années, de 2007 à 2016 : sur 596 résolutions (du N° 1739 au N° 2334), 56 ont trait au Proche-Orient ;
  • pour l’année 2016 : sur 75 résolutions (du N° 2016 au N° 2334), 10 ont trait au Proche-Orient.

Si je compte bien, seulement 9,4% des résolutions ont concerné le problème du Proche-Orient durant les dix dernières années. C’est encore beaucoup, certes, mais chacun sait que le problème palestinien constitue un important abcès de fixation, très préoccupant pour une institution comme l’ONU dont la Charte dispose en son Préambule que ses membres s’engagent « à pratiquer la tolérance, à vivre en paix l’un avec l’autre dans un esprit de bon voisinage. »

André Lacroix, syndicaliste (retraité) SETCa-FGTB

French: Statement by European Legal Scholars Defending the Right to Support BDS for Palestinian Rights

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