L’Invention tragique du Moyen-Orient

Le Moyen-Orient cristallise les tensions internationales. Ce constat, connu et omniprésent dans l’actualité, ne doit pas masquer les ressorts historiques et géopolitiques de cette sismicité régionale. Les blocages sur le dossier israélo-palestinien, le terrorisme djihadiste, les guerres civiles en Irak et en Syrie, les secousses chroniques au Liban, la vulnérabilité de la Jordanie, sans oublier les ingérences de puissances extérieures sur les affaires moyen-orientales rarement traitées par les seuls protagonistes locaux : autant de dynamiques qui perdurent depuis des années, voire des décennies, positionnant la région du Moyen-Orient parmi celles où les inconnues stratégiques sont les plus nombreuses et les plus complexes.

Le nouvel essai proposé par Pierre Blanc et Jean-Paul Chagnollaud, deux universitaires reconnus pour leur expertise de terrain et leurs analyses pluridisciplinaires des enjeux au Moyen-Orient, a le mérite de replacer le chaos contemporain de la zone dans une perspective historique longue, au sein de laquelle les accords opérés par les États européens il y a un siècle prennent une résonance significative. Dans les années 1920, la Grande-Bretagne et la France tracent des frontières artificielles, à leur convenance réciproque, suite aux décisions prises en commun dès 1916 à travers cet accord devenu fameux et baptisé « Sykes-Picot », du nom des deux diplomates ayant œuvré à cet équilibre. Mais celui-ci n’est que favorable aux puissances coloniales. Le processus est mal perçu par des populations locales déjà épuisées par les violences politiques et sociales. De manière arbitraire sont ainsi créés la Syrie, l’Irak, la Jordanie et le Liban, tandis que les peuples kurde et palestinien se retrouvent marginalisés dans cette reconfiguration territoriale… AFPS

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