Le Hamas, une organisation terroriste ?

Au cours des derniers mois, certains de nos députés et de nos journaux, en prenant position sur le conflit israélo-palestinien, ont souligné que le Hamas est une organisation terroriste et que, de ce fait, il ne serait pas concevable d’appuyer un gouvernement d’union nationale incluant le Hamas. Le Comité pour une Paix Juste au Proche Orient voudrait à cet égard apporter les clarifications suivantes :    

Mouvement de libération à la fois nationaliste et religieux, le Hamas est fondé à la fin de 1987 lors de la première Intifada. Il bénéficie alors de l’appui financier d’Israël qui a ainsi voulu diviser les Palestiniens et affaiblir Arafat.

En janvier 2006, le Hamas participe aux élections législatives palestiniennes. Il les remporte et obtenant 56 % des suffrages, ce qui lui donne une majorité parlementaire de 74 sièges sur 132. Pour les missions conjointes de l’Union européenne et du Parlement européen, les élections sont exemplaires, rencontrant les standards internationaux les plus élevés.

Mais loin de reconnaître ni ces élections libres et démocratiques ni le gouvernement d’union nationale qui sera ensuite créé, l’Union européenne  s’aligne honteusement sur les positions américaine et israélienne. Elle participe à une stratégie d’isolement total du Hamas. Un blocus économique sévère est établi contre Gaza et une population de 1 million sept cent mille habitants. Comme Véronique De Keyser qui a dirigé la mission d’observation du Parlement européen, notre Comité estime qu’il s’agit d’un refus, pur et simple, du résultat des législatives de 2006, d’un déni de démocratie. L’UE a commis une lourde erreur : elle a discrédité l’Europe.

Le Hamas est sur la liste officielle des organisations terroristes du Canada, des Etats-Unis et de l’Union européenne. Mais pas sur celle de pays comme la Russie, la Norvège, le Brésil, l’Afrique du Sud et la Suisse. Rappelons que le dernier attentat-suicide contre Israël revendiqué par le Hamas remonte à janvier 2005 et que, en avril 2006, le Hamas a déclaré officiellement renoncer à ce type d’actions. 

Israël a mené des négociations avec les « terroristes » du Hamas qui ont conduit en 2011 à la libération du soldat Gilad Shalit, détenu depuis cinq ans, et à la libération de 500 prisonniers palestiniens sur un total de 5000. Israël garde dans ses prisons une quarantaine de parlementaires du Hamas et le tiers du Conseil législatif palestinien. L’UE laisse faire.

La Cour de Justice européenne a annulé, le 17 décembre dernier, la décision de l’Union européenne de mettre le Hamas sur sa liste des organisations terroristes, car cette inscription est fondée, selon la Cour, «non pas sur des faits examinés et retenus dans des décisions d’autorités nationales compétentes, mais sur des imputations factuelles tirées de la presse et d’Internet».

L’UE demande au Hamas de renoncer à la violence, de reconnaître le droit à l’existence d’Israël et de désarmer. Ce droit à l’existence, il l’a pourtant déjà implicitement reconnu dans les accords de la Mecque adoptés lors de la création d’un gouvernement d’union nationale en 2007. Quant à la question de la lutte armée et du lancement de roquettes, il s’agit d’un droit que le droit international reconnaît à la résistance pour autant qu’elle ne vise pas des civils.

Israël ne se prive pas de recourir à la violence. Massivement. La liste des assassinats systématiques de dirigeants et de membres du Hamas est longue. Fin 2008, Israël lance l’opération « Plomb Durci » contre Gaza qui fait 1389 victimes du côté palestinien, en majorité des civils dont 318 enfants. L’été dernier, l’opération « Bordure protectrice » se solde par 2188 morts palestiniens dont au moins 1658 civils et plus de 500 enfants. Pour le Tribunal Russell, Israël a commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Depuis avril 2014, le Hamas et le Fatah poursuivent leurs efforts – difficiles, fragiles – de réconciliation et de formation d’un gouvernement d’union nationale. Notre Comité considère qu’un tel gouvernement serait dans l’intérêt d’une Palestine libre et unie et mérite notre appui.

 

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