Le Hamas doit-il reconnaître Israël ?

De partout fusent les appels demandant au Hamas de reconnaître Israël. Pour faire bonne mesure, l’Union Européenne a également appelé le Hamas au respect des accords signés. On peut se demander pourquoi elle n’a pas également demandé à Israël de respecter les accords signés quand l’Union débloquait 120 millions d’euros d’aide urgente suite à la décision unilatérale des Israéliens de bloquer le versement des droits de douane revenant aux Palestiniens. Cette décision israélienne n’est-elle pourtant pas en contravention avec les accords signés ?

Demander au Hamas de reconnaître Israël et de renoncer à la lutte armée, c’est demander au Hamas et aux Palestiniens qui ont voté pour ce parti de reconnaître un Etat qui, de son côté, ne leur reconnaît aucun droit et qui le fait au mépris du droit international. Si Israël n’avait pas eu le soutien constant de l’influente minorité à l’ONU que sont les Etats-Unis d’Amérique et les Iles Marshall, il aurait dû faire l’objet de sanctions internationales une bonne dizaine de fois au cours des soixante dernières années. Israël refuse de reconnaître une quelconque responsabilité dans le sort de plusieurs millions de réfugiés palestiniens dont un très grand nombre possèdent un titre de propriété légitime sur des terres occupées par des Israéliens. Israël a annexé Jérusalem-Est en vertu du droit du plus fort et Israël occupe et colonise la Cisjordanie jour après jour et ce, depuis des années.

Pourquoi donc le Hamas, et par-delà ce parti le peuple palestinien, devrait-il reconnaître cet Israël-là ? Est-il seulement juste que nous lui demandions de le faire ? Ne serait-il pas plus juste de préciser que nous lui demandons de reconnaître un Etat hébreu dans ses frontières de 67 et un Etat d’Israël qui accepterait sa responsabilité dans le sort des réfugiés et qui lancerait un emprunt international en vue de les indemniser ? Car ne rien préciser, c’est prendre le parti d’Israël.

Avant de se retirer de Gaza, Israël a détruit deux mille maisons à Rafah, transformant vingt mille Palestiniens en sans-abris. Les colonies abandonnées auraient pu constituer une sorte de remboursement pour ces maisons détruites. Rappelons que les colons évacués étaient au nombre de huit mille. Las, les Israéliens ont détruit les colonies abandonnées et ont répandu les gravas des destructions sur les terres cultivées les rendant par là très difficiles à exploiter. Exemple entre mille de la cruauté à laquelle sont confrontés quotidiennement les Palestiniens.

Les Israéliens continuent tranquillement d’ériger là un mur de dix mètres de haut, ici un dispositif de cent mètres de large appelé « barrière », ignorant avec superbe la décision de la Cour Internationale de Justice de La Haye leur enjoignant d’en stopper la construction. Ils continuent de rendre la vie des Palestiniens impossible en occupant illégalement la Cisjordanie et Jérusalem-Est et en les enfermant dans des banthoustans invivables. Le droit à la résistance à l’occupation est un droit universel dont firent usage nos parents et grands-parents lors de la Deuxième Guerre Mondiale.

A Oslo en 1992, les Palestiniens acceptèrent de reconnaître Israël sans obtenir la reconnaissance claire de leurs revendications sur les réfugiés, les frontières et Jérusalem. Ils parièrent alors sur la dynamique de la paix, de la main tendue qui nécessairement, pensèrent-ils, appellerait une réciprocité du côté israélien. Malheureusement, force est de constater que ce pari est perdu. Oslo est mort depuis longtemps. Pour ceux qui en doutaient encore, ce 8 mars, le Premier Ministre israélien M. Ehud Olmert a annoncé le projet de fixer unilatéralement les frontières de l’Etat d’Israël, non pas sur base de la Ligne Verte (frontières de 1967, internationalement reconnues), mais sur base du tracé du Mur, des grandes colonies de peuplement, y compris celles qui entourent Jérusalem-Est.

Si tous les hommes naissent libres et égaux en droits, alors les Palestiniens ont les mêmes droits que les Israéliens à une patrie libre et sûre et à une vie digne. Jusqu’à quand nos gouvernants soutiendront-ils un Etat israélien qui, dans son action quotidienne, nie cela ? Jusqu’à quand les laisserons-nous faire ?

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