Le gouvernement d’Israël perd tout sens de moralité

Un Etat qui adopte les méthodes juridiques et les lois des Etats totalitaires commence à ressembler à ces pays, même s’il prétend être «la seule démocratie au Moyen-Orient.» 

Haaretz Editorial 6 mars 2016

Le gouvernement de droite dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu a du mal à faire face à l’« intifada du loup solitaire », en cours depuis plus de cinq mois. La frustration et l’impuissance des ministres face à la pression du public est en train de les faire glisser dans un abîme moral.

Un nouveau seuil a été franchi par Netanyahu la semaine dernière, avec sa demande publique au procureur général Avichai Mendelblit pour que celui-ci légitime l’idée de déporter les familles des terroristes de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est vers la bande de Gaza. Mendelblit a rejeté l’idée, expliquant que c’était contraire au droit international, qui interdit la déportation des habitants des terres occupées.

La lettre de Netanyahu au procureur général ressemblait à l’évidence à un exercice de relations publiques, destiné à présenter les « juristes » comme boucs émissaires – comme si c’étaient eux qui empêchaient le gouvernement d’agir face à la terreur rampante. L’exercice est également destiné à relâcher la pression exercée par le ministre des Transports et de la Sécurité routière, Yisrael Katz, dont la demande pour une loi permettant la déportation de ces familles présente Netanyahu comme un politicien faible et mou.

Mais même si Mendelblit tient bon et rappelle les obstacles juridiques d’une telle expulsion, la tache morale sur Katz et les propositions de Netanyahu n’en est pas réduite. Au cours des derniers mois, Israël a adopté le principe connu en allemand sous le nom de Sippenhaft – ce qui signifie la culpabilité partagée d’une famille pour un crime commis par un de ses membres. Ses origines se trouvent dans les temps anciens, quand toute la tribu d’un délinquant était punie pour ses crimes. Dans l’ère moderne, ce principe est caractéristique des régimes totalitaires, lorsque les parents d’ « ennemis de l’Etat »  ont été punis par l’exil, l’emprisonnement ou l’exécution. Aujourd’hui, cette méthode est courante en Corée du Nord.

La réponse du gouvernement face aux tirs, aux attaques avec des couteaux et à la voiture-bélier est basée sur le même principe : la famille qui « soutient et aide » un terroriste, comme décrété par Netanyahu, est autant taxable de terrorisme que l’agresseur.

Voilà pourquoi les démolitions de maisons ont repris. Selon les chiffres de l’ONG ‘B’Tselem, 31 maisons palestiniennes, dont les proches étaient impliqués dans des attaques, ont été démolies, et d’autres sont prévues. Voilà aussi pourquoi Israël retient les corps des assaillants originaires de Jérusalem-Est, pour punir leurs familles en retardant les enterrements. Les défenseurs israéliens de la Sippenhaft font valoir que c’est le seul moyen de dissuader les Palestiniens, citant les cas où des familles auraient dénoncé des suspects comme preuve que la méthode fonctionnerait. Pour eux, la déportation des familles vers Gaza semble l’arme ultime contre les attaques des « loups solitaires ».

Mais les Palestiniens ne seront pas les seuls à payer le prix pour ces punitions de familles ; Israël aussi. Parce qu’un Etat qui adopte les méthodes juridiques et les lois des Etats totalitaires commence à ressembler à ces pays, même sil se définit comme  « la seule démocratie au Moyen-Orient ».

Traduit de l’anglais par NO pour le CPJPO – Article original : HAARETZ  : Israel’s Government Reaches a New Moral Low

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