« J’habite à Gaza et j’ai peur », par Olfat al-Kurd, B’Tselem

Je m’appelle Olfat al-Kurd. J’habite à Shuja’iya à Gaza. Je suis âgée de 37 ans et j’ai quatre enfants. En juillet 2017, j’ai rejoint l’équipe de B’Tselem en tant qu’un des trois chercheurs de terrain à Gaza. Au cours des dernières semaines, depuis que les manifestations le long de la barrière ont commencé, nous avons travaillé jour et nuit pour informer, pour recueillir les compte-rendus des témoins oculaires et les témoignages des personnes blessées et pour rassembler des informations sur les manifestations et les victimes.

J’ai suivi les manifestations hebdomadaires non seulement à titre professionnel mais aussi en tant qu’habitante de Gaza. Certaines de mes photos, publiées sur le blog de photos de B’Tselem, montrent la façon dont la plupart des manifestants se rassemblent dans des tentes plantées loin de la barrière. Ces familles apprécient les moments de divertissement, les spectacles musicaux, les stands de nourriture et les autres activités en famille. Nous y allons pour transmettre un message politique, pour manifester, mais de façon non-violente – nous y allons sans armes. Néanmoins, les soldats tirent sur nous, et les gens sont blessés par les tirs à balles réelles et les gaz lacrymogènes.

Cette semaine, un collègue israélien inquiet m’a demandé pourquoi je continuais à suivre les manifestations, bien que cela soit dangereux. J’ai répondu que, bien sûr, j’ai peur, à tel point parfois que je crains de ne pas revenir.

Mais la vérité c’est qu’aucun endroit à Gaza n’est sûr – que ce soit près de la frontière ou dans notre propre maison. Les avions israéliens peuvent bombarder n’importe quelle maison, n’importe où, et n’importe quand. Nous vivons tous dans l’angoisse permanente que ne se produise quelque chose de terrible. Tout le monde à Gaza a perdu un parent au cours des dernières guerres. J’ai perdu mon frère dans la guerre de 2009.

Les activités festives lors des manifestations constituent pour nous une rare occasion de souffler, de rencontrer des gens, et de sentir que nous faisons partie de quelque chose de plus grand que nous. Les endroits dégagés près de la barrière sont les plus étendus de Gaza, mais personne n’a osé y aller depuis la dernière guerre. Nous ne pouvons plus aller à la plage parce que les installations d’assainissement des eaux usées ont flanché à la suite du blocus, et les eaux des égouts non traitées se déversent dans la mer. Beaucoup d’habitants de Gaza vivent dans un dénuement total et ne peuvent se permettre d’aller au café ou au restaurant, et ils viennent donc aux manifestations avec une thermos de café et de la nourriture.

Israël maintient le blocus de Gaza depuis plus de dix ans. Certains des jeunes qui participent aux manifestations et qui sont blessés ou même tués par les soldats, ne savent pas ce que c’est d’avoir l’eau courante et l’électricité fournie de façon constante. Ils n’ont jamais quitté Gaza et ont grandi dans une prison.

Vous ne pouvez nous rendre visite, Israël n’autorise personne à voir ce qui se passe ici. Il n’y a pas de véritable vie à Gaza. Cet endroit est cliniquement mort.

Les nouvelles générations sont anéanties par la désespérance et la mort de toute part. Les manifestations nous ont donné une lueur d’espoir. Elles sont notre tentative de clamer au monde qu’il doit se réveiller, qu’il y a ici des gens qui luttent pour leurs droits les plus fondamentaux, qu’ils ont le droit d’atteindre. Nous,aussi, méritons de vivre : AFPS

Olfat al-Kurd
Chercheuse de terrain à Gaza
B’Tselem

Vous aimerez aussi...