Gaza, Palestine et Israël : compte-rendu de mission

Alors que l’Union européenne est le principal partenaire international de la Palestine, tant au regard des contributions financières (plus de 300 millions d’euros par an) que du soutien politique en faveur de deux Etats respectant les frontières de 1967, aucun membre du Parlement européen n’est venu à Gaza depuis 2011. Depuis la prise de pouvoir du Hamas sur Gaza en 2006 et le blocus imposé à compter de 2007, toute visite est soumise à l’accord du gouvernement israélien. Les réticences de celui-ci ainsi que des interdits liés à l’insécurité ont empêché les missions parlementaires, quand bien même des Commissaires européens ou des Ministres des Etats membres y furent autorisés. Ces réserves ayant été levées, le Président Martin Schulz a souhaité que je m’y rende, en ma qualité de président de la commission des budgets, pour examiner la situation sur le terrain et tenter d’évaluer l’usage des crédits alloués autant que l’impact des actions ainsi financées … 

Pour conclure, je résume mes observations, enseignements et recommandations dans les termes suivants :

  • Dans mes rencontres et visites, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie, je n’ai pas eu accès à une vision globale et prospective me permettant de juger de la cohérence des projets structurants. C’est en cela que la coordination me semble devoir être renforcée, non seulement entre missions européennes à Jérusalem (interlocutrices des Palestiniens) et à Tel Aviv (interlocutrices des Israéliens). L’UE est fondée à s’investir dans cette fonction et à exercer le nécessaire leadership aux côtés de l’Autorité palestinienne. C’est, je l’espère, le sens du travail en cours de « programmation conjointe » entre l’UE et les pays donateurs européens. La généralisation des schémas d’aménagement (master plans) constituerait également une étape décisive tendant à placer le gouvernement israélien face à ses obligations et devrait dissiper les ambiguïtés et frustrations que génèrent les démolitions d’habitations et d’équipements ainsi que les confiscations de matériels. S’agissant de Gaza, il s’agit momentanément de suppléer la carence de gouvernance régionale
  • Au plan des procédures, les acteurs territoriaux critiquent le formalisme institué par la Commission. Les programmes et appels d’offre poussent à l’éparpillement des projets sans pour autant répondre aux attentes et besoins des populations et territoires. Un plus grand pragmatisme et des contrôles a posteriori seraient plus appropriés aux objectifs de performance ;
  • Aux grands projets dont l’enlisement avéré et à la recherche de réalisations spectaculaires doivent désormais se substituer des actions en faveur de la dynamisation du tissu économique (micro finance, aide à la création d’entreprises, formation professionnelle et apprentissage pour les jeunes) ainsi que des petits projets porteurs de résultats rapides et concrets ;
  • A Gaza, les problèmes cruciaux d’approvisionnement en eau et en énergie appellent un partenariat avec Israël, il en va de même pour le traitement des eaux usées susceptibles d’intéresser les agriculteurs israéliens implantés aux abords immédiats de la frontières. La reconstruction des immeubles détruits ou rendus inhabitables exige un effort coordonné rappelant les donateurs au respect des engagements pris au lendemain de la guerre de 2014. Dans cette attente, l’action humanitaire doit être soutenue sans faille au meilleur niveau ;
  • L’organisation des élections locales sur l’ensemble des territoires palestiniens en octobre est un évènement crucial pour la réconciliation des Palestiniens. Leur union est le préalable à tout processus de paix. Le bon déroulement du scrutin appelle une attention particulière de la communauté internationale, sans doute par la présence d’observateurs. Il est dommage que celle-ci ne semble pas se saisir davantage de cette opportunité.
  • Enfin, il me tarde de dissiper une désagréable impression. Tout accrédite en effet l’hypothèse selon laquelle Israël déroule son plan d’occupation définitive des territoires par l’implantation de colonies, laissant à la communauté internationale le soin de maintenir la vie et un semblant d’espoir en Palestine. Cette répartition implicite des rôles contredit les proclamations réitérées de l’Union européenne en faveur de deux Etats sur la base des frontières de 1967.
  • Cette impression est renforcée par le fait que les interventions financières européennes et internationales en Palestine ne compensent qu’insuffisamment des finances publiques inefficaces résultant d’un système opaque et confiscatoire, en particulier à Gaza, de transferts des taxes prélevées par le gouvernement israélien pour le compte de l’Autorité palestinienne (« Clearance revenue »).
  • Alors qu’à bien des égards la situation des Palestiniens s’est dégradée depuis les accords d’Oslo, nos aides financières resteront en grande partie inefficaces tant qu’elles se contenteront de pallier l’absence d’une solution négociée.

Jean Arthuis – Château-Gontier, le 24 juillet 2016

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J.A. est Député européen de la circonscription française de l’Ouest, membre du groupe ADLE et président de la commission des budgets du Parlement Européen.

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