Guerre contre Gaza : Déclarations lors de la 1ère « Marche silencieuse » en solidarité avec Gaza

  • Intervention de Claude Grégoire, président du CPJPO, devant la Chambre des Députés :

Nouvelle opération militaire :

Après 2006/ 2008-​​2009/ 2012, depuis le 7 juillet 2014 une nouvelle opération militaire déferle sur Gaza , – raids aériens d’avions de combat F-16, hélicoptères, drones armés et frappes d’artillerie depuis des navires de guerre … – ne parlons pas de guerre, tellement les moyens sont disproportionnés. La liste des victimes augmente de jour en jour, parmi eux de nombreux enfants (comme on peut le constater sur les faire part de décès portés par les manifestants, il s’agissait de donner un nom à chaque victime, car tous sont des êtres humains. D’ailleurs y figure également le nom de l’unique victime en Israël même, car la politique du gouvernement israélien met en péril ses propres citoyens.

C’est une nouvelle attaque meurtrière contre les plus vulnérables, affaiblis par sept ans de blocus, contre une société avec un taux de chômage de 55%, la plupart du temps sans accès à l’électricité … Aujourd’hui une population entière de 1,8 mio de personnes vit dans la terreur jour et nuit, sous les bombardements sans répits, des centaine de milliers d’habitants reçoivent des papiers et sms les appelant à quitter leur maison, + de 50.000 sont déjà partis, souvent ils n’ont nulle part pour aller, 2000 maisons familiales ont été détruites. Des familles entières sont tuées : 18 un jour, 18 un autre jour, 9 jeunes entre 19 et 23 ans, qui regardaient un match de foot à Khan-Younis, 4 enfants en train de jouer sur la plage, 3 enfants (8 à 11 ans) tués dans le quartier de Sabra alors qu’ils donnaient à manger aux poules, deux autres blessés…. (ces chiffres sont sortis des derniers rapports de l’OCHA / Nations Unis).

Les derniers chiffres publiés par Ocha (il y a deux jours) font état de : 268 victimes palestiniennes : 75 combattants et 193 civils, dont 59 enfants et 33 femmes.
Aujourd’hui les victimes dépassent le nombre de 300
Par ailleurs à Gaza :
600.000 personnes sont privées d’eau
à Gaza 79 écoles détruites
à Gaza 32 barques de pêcheurs détruites ou endommagées
à Gaza 3 hôpitaux et 5 centres de santés détruits
à Gaza 3 mosquées détruites, 64 endommagées
à Gaza 3 ministères détruits, 5 endommagés (chiffres Gouvernement palestinien à la date du 16 juillet)

L’armée israélienne, la 5e armée du monde, possède les armes les plus sophistiqués. Israël est dans le Top 10 des exportateurs d’armes et la Bande de Gaza constitue un laboratoire d’expérimentation idéal. Selon le journal l’Humanité, Israël utilise actuellement des bombes DIME (Dense Inert Metal Explosive). Les blessures provoquées sont quasiment incurables et conduisent généralement à l’amputation. Les médecins de l’hôpital Abu Yousef al-Najjar rapportent même qu’Israël utiliserait des gaz toxiques.

Les roquettes artisanales de Gaza sont peu précises, mais mettent en danger potentiellement les civils, même si elles n’empêchent pas des badauds israéliens à aller savourer le « spectacle » sur les hauteurs près de la frontière avec Gaza et applaudir à chaque bombardement de leur armée.

Propagande :

Les portes paroles du gouvernement israélien et de son armée nous racontent: « Quel pays peut accepter qu’on lui lance des missiles ? Les civils de Gaza ne sont pas nos ennemis, ce sont les terroristes. Israël fait tout pour protéger les civils. Les terroristes prennent la population comme bouclier humain. Israël réagit seulement aux tirs de missiles. Israël a le droit de se défendre…. ». Nous savons que chaque guerre est aussi une guerre de propagande et Israël en a les moyens. Mais entendre, face aux nombres de victimes à Gaza, des chefs d’Etat occidentaux et de nombreux médias répéter ces propos comme des perroquets est une honte !

La campagne médiatique israélienne parle d’une guerre contre le Hamas. C’est surtout une guerre contre tout un peuple. Si le Hamas n’existait pas, il faudrait pour Israël l’inventer. Cela lui permet d’effacer tout le contexte de l’occupation et de l’Apartheid. De faire oublier qu’Israël, depuis 65 ans, accapare avec système les terres et l’eau et étend chaque jour sa colonisation. De faire oublier le siège de Gaza qui dure depuis 7 ans. Et n’oublions pas les réserves de gaz dans les eaux territoriales de Gaza, interdits par ailleurs largement aux pêcheurs palestiniens. Le Hamas sert surtout Israël à diviser le peuple palestinien. Et cette nouvelle agression militaire vise d’abord à briser le tout nouveau gouvernement d’unité national.
Mais – nous dit-on – le Hamas a refusé le cessez-le-feu proposé par Israël et le régime putschiste égyptien. Il semble que les dirigeants du Hamas ne sont pas prêts à accepter n’importe quel cessez-le-feu, qu’ils demandent la fin de l’agression contre le peuple palestinien, la fin du blocus, l’ouverture du poste-frontalier de Rafah avec l’Egypte, la libération de prisonniers. Il faut savoir qu’Israël a de nouveau arrêté – on devrait dire kidnappé – de nombreux prisonniers qui avaient été libérés dans le cadre de l’accord d’échange avec le soldat israélien Gilad Shalit. Il faut savoir que 34 parlementaires palestiniens se trouvent emprisonnés. Il faut savoir que dans ces 4 dernières semaines 600 Palestiniens de Cisjordanie ont été kidnappés par l’armée occupante.

Hier un monsieur que je ne connais pas m’a appelé. Il m’a dit, avec ses mots à lui: « Israël a mis la population de Gaza dans un aquarium, dès fois on fait monter l’eau et les gens agonisent, puis on fait redescendre l’eau et les gens, à bout de souffle, peuvent respirer un moment, sachant que le jeu pervers va recommencer bientôt. » C’est bien cela la situation de Gaza. Israël contrôle tout : gaz, électricité, eau, frontières, le ciel et la mer. Israël veut mettre le peuple palestinien à genou, lui imposer une paix qui l’arrange, une paix sans territoire, sans autonomie, le mieux : une paix sans Palestiniens. Ce qu’un mouvement de résistance, qui par ailleurs a une légitimité démocratique, ne peut évidemment pas accepter. Les habitants de Gaza sont fatigués, mais ils n’ont nullement envie de retourner au statut quo imposé par l’occupant.

Que dire alors des tirs de roquettes qui font plus de bruit que de dommages ? Il ne fait pas de doute qu’elles aussi mettent en danger la vie de civils et qu’elles sont, pour cette raison, condamnables. Elles sont peu efficaces, probablement même contre-productives. Mais donner d’ici des leçons à ceux qui risquent leur vie dans une lutte anticoloniale me paraît un peu prétentieux. Surtout que les puissants de ce monde ne font strictement rien pour imposer le Droit international au Proche-Orient.
Pour sortir de ce cadre à la George W. Bush qu’on nous impose – êtes vous avec nous ou avec les terroristes ? – je voudrais donner quelques chiffres (que vous avez pu lire sur le flyer distribué) :

Sur dix ans, de 2004 à 2013 – en rapport avec Gaza – il y a eu :

7766 victimes palestiniennes et 28 victimes israéliennes
Depuis 14 ans, en moyenne, un enfant palestinien est tué tous les 3 jours
Depuis 10 jours 80 % des + de 250 morts, des + de 1700 blessés palestiniens sont des civils, dont un quart des enfants (chiffres des Nations Unies)
Ces chiffres à l’esprit, on se demande qui devrait avoir le droit de se défendre ?

Dans le Nouvel Observateur, René Backman demande : « Que se passerait-il si le bilan était inversé ? Si les frappes palestiniennes avaient fait en une semaine 178 morts et 1.361 blessés en Israël, détruit ou endommagé plus de 2.300 habitations de Haïfa ou Jérusalem, chassé 21.600 Israéliens de leurs foyers et privé d’électricité 75% de Tel Aviv ? »

Mais on veut nous imposer une logique tordue : Celle d’un conflit, où l’un est surarmé et l’autre n’a pas le droit d’avoir des armes, fut-ce des roquettes artisanales, sinon c’est un terroriste, alors que celui qui est surarmé, occupe le territoire de l’autre et utilise ses armes, tuant 200x plus de civils…

A quand la paix ?

Nous vivons dans un monde où les riches se font plus riches chaque jour, alors que les pressions sociales sur tous les autres augmentent régulièrement, dans un monde où le droit international cède au droit du puissant. Il faut craindre que ce conflit dure encore longtemps. Et la résistance du peuple palestinien va bien au-delà des roquettes tirées depuis Gaza. C’est un geste de résistance, chaque jour, pour continuer à vivre sur sa terre, malgré les innombrables difficultés de l’occupation. Mais souvent il doit se sentir bien seuls, abandonné par des dirigeants européens qui condamnent les tirs de roquettes et appellent Israël « à la retenue », mais au fond soutiennent l’agression, affichant une équidistance qu’ils n’affichent pas dans d’autres conflits (Syrie ou Ukraine p.ex.). Les Etats-Unis depuis longtemps ont choisi leur camp, débloquant 650.000 dollars pour l’opération en cours. Pourtant, s’il existait des pressions réelles pour imposer le droit, si demain Israël respectait le droit international et se retire dans les frontières qui sont les siennes, la paix sera à portée demain.

C’est pour cette raison que notre présence est si importante, pour dénoncer cette nouvelle barbarie, mais aussi pour continuer en permanence l’engagement pour la paix et la justice. Il est normal que les émotions soient vives face à ces agressions sanglantes comme celle que nous suivons actuellement, mais la violence est quotidienne en Palestine occupée depuis des décennies, et il faut que notre présence, notre vigilance citoyenne soit quotidienne aussi – nous savons bien que nous ne pouvons pas faire confiance aux représentants politiques de l’UE. Je vous propose ainsi de rester en contact, vous pouvez p.ex. vous inscrire à la Lettre Info du CPJPO et être informé des événements organisés aux Luxembourg et dans les environs de l’actualité au Proche-Orient : www.paixjuste.lu

Sachez finalement que le CPJPO préparait un voyage à Gaza cette année même, ce qui fut rendu impossible et par Israël, et par l’Egypte, voyage auquel nous ne renoncerons pas. Et qu’il y a eu des échanges scolaires – via Internet – tout au long de l’année entre des écoles luxembourgeoises et du Nord de la France avec des écoles francophones à Gaza. Nous restons en contact avec les professeurs, quand et tant qu’ils ont accès à l’électricité. Une manière aussi de s’opposer à la déshumanisation de tout un peuple.

  • Intervention de Pierrick Spizak, militant AFPS, conseiller communal de Villerupt :

… pour nous parler de ce qui se passe en France voisine, sur les interdictions de manifester, sur la situation en Cisjordanie. Pierrick a visité à plusieurs reprises le Proche-Orient.

Le 2 juin dernier s’est formé un gouvernement Palestinien de réconciliation Nationale, reconnue entres autres par la France, l’UE et les Etats-Unis… Il n’aura fallu que 10 jours à Israël pour lancer une attaque de grande ampleur sur l’ensemble de la Cisjordanie, arrêtant plus de 600 personnes, dont une dizaine de députés et de nombreux enfants, tuant 9 Palestiniens, saccageant  plusieurs habitations avant de bombarder Gaza.

Suite à l’assassinat de 3 jeunes colons qui avaient été enlevé dans une zone contrôlée par Israël, de nombreux appels à la haine ont émané contre la population Palestinienne. C’est dans ce contexte que Mohammed Abou Khdeir, adolescent âgé de 16 ans de Jérusalem-Est, a été kidnappé, torturé et brûlé vif.

La situation en Cisjordanie se tend de plus en plus et la colonisation s’intensifie. Ainsi, en mai dernier, lors de mon 3ème voyage en Palestine, j’ai pu constater l’avancée de cette colonisation, notamment dans le petit village de Wadi Fukin, ou entre 2011 et 2014, la colonie de Beitar Illit s’est agrandie, avec en plus, le démarrage de la construction d’une nouvelle colonie situé en face de celle-ci, encerclant à terme ce petit village de 1000 habitants.

Aujourd’hui, notre solidarité ne faiblit pas et n’a pas de frontière. En effet, depuis le début de l’année, les groupes AFPS de Metz, Thionville, Meurthe-et-Moselle Nord ainsi que le CPJPO de Luxembourg se sont rassemblés afin de mettre en place un collectif transfrontalier. Après une première action commune en février dernier devant le conseil régional de Lorraine à Metz afin de protester contre l’arrachage de plus de 300 oliviers par l’armée Israélienne dans la Vallée du village de Wadi Fukin, le collectif transfrontalier à mené, le 5 juillet dernier, des actions de rues à Luxembourg le matin, et Metz l’après-midi, à l’occasion du 10ème «anniversaire» de l’avis rendu par la cour Internationale de Justice de la Haye et de la résolution de l’ONU qui condamnent tous 2 la construction du mur par Israël , et tout ce système qui va avec c’est-à-dire colonies, barrages, routes réservés aux colons…

Plus que tout nous devons nous mobiliser, et surtout nous les Français, qui dans le pays des Droits de l’Homme, après avoir condamné des militants pour avoir appelé à boycotter Israël, vient aujourd’hui, par l’intermédiaire du ministère de l’intérieur, d’interdire des rassemblements de soutien à Gaza, comme celui qui était prévu ce samedi à Paris On manifeste à Tel-Aviv, mais pas à Paris !! Une honte qui met la démocratie et la liberté en danger, mais au final sans surprise au vue des prises de positions de notre président suites aux frappes sur Gaza. Non Messieurs, nous n’importons pas le conflit, nous nous battons juste pour la paix et le droit International, et que cela vous plaise ou pas, nous serons là, le temps qu’il faudra.

Alors oui, nous AFPS, nous exigeons :

  • l’arrêt immédiat des bombardements sur Gaza et de l’agression en Cisjordanie et à Jérusalem
  • la libération de tous les prisonniers politiques Palestiniens et notamment Marwan Barghouti
  • la levée du blocus, illégal et criminel, de Gaza
  • des sanctions immédiates contre israël jusqu’à l’application stricte du Droit International
  • pour ce faire, en plus de notre mobilisation, nous devons, et notamment nous LES JEUNES, occuper l’espace comme nous le pouvons, avec les moyens dont nous disposons, comme cette arme citoyenne et pacifique qui est le boycott. Que ce soit un boycott économique, culturelle ou sportif, le mot d’ordre est «BOYCOTTER ISRAEL».

Notre lutte doit s’intensifier et rassembler un maximum de personnes et ce tout au long de l’année, afin que nos amis Palestiniens retrouvent leur dignité, et qu’ils puissent vivre libre et en paix sur leurs terres occupées depuis plus de 66 ans maintenant.

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