Daniel Barenboim: « Today, I Am Ashamed to Be an Israeli »

Daniel BARENBOIM, Haaretz; 22.7.2018:

… « Les pères fondateurs de l’Etat d’Israël qui ont signé la Déclaration d’Indépendance ont considéré le principe de l’égalité comme le socle de la société qu’ils construisaient. Ils se sont également engagés, et nous-mêmes « à rechercher la paix et de bonnes relations avec tous les États et peuples voisins ». 70 ans plus tard, le gouvernement israélien vient d’adopter une nouvelle loi qui remplace le principe de l’égalité et des valeurs universelles par le nationalisme et le racisme. Cela m’attriste profondément de devoir poser aujourd’hui les mêmes questions que celles que j’ai posées il y a 14 ans à la Knesset: pouvons-nous ignorer l’écart intolérable entre ce que la Déclaration d’Indépendance promettait et ce qui est accompli? les réalités d’Israël?…

… Est-ce que l’Occupation et la domination d’un autre peuple sont-elles compatibles avec la Déclaration d’Indépendance? Y a-t-il un sens à l’indépendance de l’un au détriment des droits fondamentaux de l’autre? …

… Le peuple juif, dont l’histoire témoigne de souffrances continuelles et de persécutions incessantes, peut-il se permettre d’être indifférent aux droits et à la souffrance d’un peuple voisin?

… Je ne pense pas que le peuple juif ait survécu pendant 20 siècles, malgré des persécutions et des cruautés sans fin, afin de devenir maintenant des oppresseurs, infligeant la cruauté aux autres. Cette nouvelle loi fait exactement cela. C’est pourquoi j’ai honte d’être Israélien aujourd’hui.

Traduction d’extraits de :  HAARETZ 

AFPS : Le chef d’orchestre s’est insurgé contre le vote d’une loi définissant Israël comme un État-nation juif. Dans le journal Haaretz, il estime que « c’est clairement une forme d’apartheid ».

Daniel Barenboim adresse une critique violente contre Israël. Dans un édito pour le journal Haaretz, il affirme qu’il a « honte d’être Israélien ». Le chef d’orchestre s’insurge contre la loi définissant « Israël comme l’État-nation du peuple juif dans lequel il réalise son droit naturel, culturel, historique et religieux à l’autodétermination ». Le texte a été voté à la Knesset, le parlement israélien, le 19 juillet. Il retire également le statut de langue officielle à l’arabe, pour ne laisser que l’hébreu, faisant des Arabes des citoyens « de seconde zone ».

Pour Daniel Barenboim, « c’est clairement une forme d’apartheid ». Le chef d’orchestre s’est engagé plusieurs fois pour l’apaisement des tensions au Proche-Orient par le biais de la musique, notamment en créant, avec Edward Saïd, un orchestre réunissant de jeunes musiciens arabes et juifs, le West-Eastern Divan Orchestra.

Daniel Barenboim, musicien cosmopolite

Détenteur de passeports argentin, espagnol, israélien et palestinien, le chef d’orchestre, né à Buenos Aires, se désole que « le principe d’égalité et de valeurs universelles soit remplacé par le nationalisme et le racisme ». Il rappelle qu’en 2004, il avait prononcé un discours à la Knesset, décrivant la déclaration d’indépendance comme « une source d’inspiration permettant de croire en des idéaux ». Quatorze ans plus tard, Daniel Barenboim pose cette question dans son édito : « l’indépendance de l’un a-t-elle un sens si elle se fait au détriment des droits fondamentaux de l’autre ? »

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