Conférence de l’OCDE sur le Tourisme, à Jérusalem le 20 octobre

Le 11 mars 2010, le CPJPO avait protesté auprès des instances de l’OCDE, du Premier Ministre et du Ministre des Affaires étrangères luxembourgeois, contre l’admission possible d’Israël au sein de l’OCDE aussi longtemps que cet Etat ne respecterait pas le Droit international ni ne remplirait les critères d’admission établis par l’OCDE elle-même :  LA LETTRE
Depuis lors, le Comité du Tourisme de l’OCDE a décidé d’organiser sa rencontre annuelle sur le tourisme … à Jérusalem. Beaucoup d’organisations ont protesté au cours des derniers mois et plusieurs pays ont annoncé qu’ils ne participeraient pas à cette conférence, vu le message plus qu’ambigu que la tenue de cette conférence à Jérusalem donnerait et l’utilisation que risquerait d’en faire Israël à son avantage. Et, de fait, Israël n’a pas manqué cette occasion, par la voix de son ministre du tourisme, pour en tirer comme interprétation que l’OCDE, par là même, reconnaissait Jérusalem comme capitale indivisible d’Israël.

Avec de nombreuses organisations, dont les membres de l’ECCP (coordination européenne des ONG pour la Palestine), le CPJPO vient d’envoyer un courrier à la Ministre luxembourgeoise du tourisme, Madame Françoise Hetto-Gaasch, pour l’inviter à ne pas participer à cette conférence et marquer clairement ses distances à cet égard. Copies ont été envoyées au Premier Ministre, Jean-Claude Juncker et au Ministre des Affaires Etrangères, Jean Asselborn.

Luxembourg, le 12 octobre 2010

Madame le Ministre

Concerne : conférence du Tourisme – OCDE – Jérusalem – 20 octobre

Nous avons été stupéfaits d’apprendre que le Comité du tourisme de l’OCDE avait décidé d’organiser sa prochaine conférence sur le tourisme en octobre à Jérusalem. Pour les raisons ci-dessous, nous protestons à nouveau (nous l’avons déjà fait en juin directement auprès de l’OCDE) contre la décision de tenir cette conférence à Jérusalem et nous nous permettons d’insister pour que le Luxembourg ne cautionne pas par sa participation les interprétations tendancieuses que le gouvernement israélien ne manquera pas de tirer d’un tel événement en un tel lieu.

En effet,

1. L’un des objectifs déclarés de la conférence repose sur des considérations de « croissance verte », en conformité avec les engagements de l’OCDE de promouvoir une politique verte liée à un développement économique. C’est une anomalie qu’une conférence destinée à identifier les opportunités d’affaires vertes et un tourisme vert se déroule côte à côte avec la réalité violente de l’occupation par Israël de territoires palestiniens. Toute analyse objective démontrerait, et l’OCDE le reconnaîtrait sans aucun doute, que l’occupation a eu et continue d’avoir pour résultat désastreux de « dévertifier » de grandes étendues de terres palestiniennes et de bloquer le développement pour les Palestiniens, simplement pour renforcer la présence israélienne.

2. On envisage que des délégués visiteront d’importants sites touristiques à la fin de la conférence. L’OCDE a-t-elle pris en considération qu’un nombre croissant de sites historiques sont disputés, et soumis à des revendications fausses et illégitimes d’Israël ? C’est pourquoi de telles visites portent en elles le risque de créer des distorsions historiques dans l’esprit des visiteurs. De plus, en adoptant les modèles de tourisme israéliens, les délégués n’auront probablement pas l’occasion de rencontrer des Palestiniens et de comprendre leurs revendications légitimes à un partage équitable dans le secteur des voyages et du tourisme en Terre sainte.

3. Le Comité du tourisme de l’OCDE a décidé d’utiliser une tactique dangereusement source de discorde – une décision destinée à donner à Israël un vote de confiance important en promouvant le tourisme israélien et en améliorant l’image d’Israël dans le monde. On devrait savoir que le tourisme israélien a été généralement un instrument de propagande contre les Palestiniens, en les présentant sous un jour très défavorable et très mensonger – comme un peuple dangereux et violent, dénué d’histoire et de culture. L’annonce de l’OCDE revient alors à une acceptation de propagande israélienne raciste, aidant Israël à rendre l’industrie touristique de Palestine invisibles aux touristes venus du monde entier.

4. Vu le rôle central de Jérusalem dans des solutions définitives de statut, l’exclusion palestinienne servira non seulement à approfondir l’abîme politique et rendre une résolution permanente des revendications et contre revendications encore plus complexe et difficile à réaliser. Dans ce sens, le choix lui-même du lieu est indéfendable, lourd de risques, tout en communiquant des messages unilatéraux.

D’autres dimensions doivent être éclairées. En faisant de Jérusalem le site de cette conférence avec Israël comme pays d’accueil, l’OCDE ne tient pas compte du fait que Jérusalem est une ville sous occupation. Alors qu’on peut s’attendre à un traitement égal, l’OCDE implicitement n’approuverait pas la revendication palestinienne à Jérusalem-Est, et légitimerait la prétention exclusive d’Israël à la ville.

L’annonce sape potentiellement les objectifs déclarés de l’OCDE d’une croissance économique durable et de stabilité financière, d’une élévation de l’emploi et des conditions de vie et la participation dans le commerce mondial – qui ont tous été des objectifs impossibles pour les Palestiniens aussi longtemps qu’ils restent sous occupation militaire par Israël. Des pratiques de tourisme compatibles avec les valeurs de l’OCDE auraient impliqué que les revenus générés par le tourisme soient équitablement répartis. Ce n’est pas arrivé. Et vu la mise en œuvre de la politique israélienne, il y aura peu de circulation vers la Palestine venant de la conférence.

La prochaine conférence de l’OCDE à Jérusalem servira uniquement à soutenir l’étau et le monopole que Israël maintient sur le tourisme en Terre sainte qui dénie à l’économie palestinienne et aux Palestiniens leur part équitable. Le Ministre du tourisme israélien a délibérément minimisé l’importance de l’occupation en la réduisant à un inconvénient à ignorer, mais décourage les touristes d’entrer en Palestine en disséminant une propagande raciste. Les quelques visiteurs clairvoyants qui entrent dans les zones palestiniennes sont souvent consternés par le fait que les voyages organisés touristiques israéliens ne leur permettent pas d’y passer plus que quelques heures, par exemple en Cisjordanie pour visiter Bethléem, si c’est prévu. Un déséquilibre tellement destructeur est mis en évidence par le fait que s’il y a plus de 6000 guides israéliens pour les tournées, il n’y en a que 300 Palestiniens, avec à peine 42 guides palestiniens qui sont autorisés à travailler au-delà de la Cisjordanie, en Israël.

L’OCDE devrait aussi prendre en considération que la conférence exclurait la participation de professionnels palestiniens dans l’industrie touristique, parce que pour la grande majorité, l’entrée à Jérusalem leur est refusée depuis 1993. L’armée israélienne ne les laissera pas franchir les checkpoints pour arriver à Jérusalem.

Quel message l’OCDE veut-il envoyer au monde en organisant une conférence dans une ville occupée par un gouvernement qui viole activement le droit international ? Ces questions et beaucoup d’autres n’arriveront jamais à être posées – et seront donc cachées de la vue – simplement parce que les Palestiniens ne seront pas présents.

A la lumière des arguments apportés plus haut, de nombreuses organisations ont insisté au cours des derniers mois auprès de l’OCDE pour qu’elle choisisse un autre lieu plus approprié pour la conférence du Comité du tourisme, et plus compatible avec la vision de l’OCDE « d’une économie mondiale plus équitable ».

Cela n’a pas été fait. Et la justesse de nos craintes s’est vérifiée encore récemment suite aux déclarations du Ministre israélien du Tourisme, Stas Misezhnikov, affirmant que cette rencontre constituait la reconnaissance par l’OCDE de Jérusalem comme capitale indivisible d’Israël. Les réactions de l’OCDE à ce genre de message (interprétation considérée comme « inacceptable », alors que la « rencontre n’avait aucun caractère politique») – exigence de clarification) sont loin de répondre à ce qui est fondamentalement en jeu, pas plus d’ailleurs que les « clarifications » et excuses venues par après du côté israélien.

Pour les Etats-membres de l’Union européenne, participer à une telle rencontre à un tel endroit aujourd’hui constituerait donc un nouveau signe politique évident et dangereux : reconnaître de facto la prétention d’Israël de faire de Jérusalem sa capitale « éternelle et indivisible » – alors que la plupart des Etats membres de la communauté internationale ne reconnaissent pas Jérusalem comme « la capitale d’Israël » et continuent de garder leurs ambassades à Tel Aviv. Une telle participation constitue aussi un signe des plus négatifs à l’égard des Palestiniens et de négociations dont l’un des objets est précisément de trouver un statut pour Jérusalem.

Cela étant, plusieurs Etats de l’Union européenne – dont la Grande-Bretagne et l’Espagne – ont déjà fait savoir qu’ils ne participeraient pas à une telle rencontre à Jérusalem.

En tant qu’organisation de la société civile travaillant pour paix juste au Proche-Orient et en tant que membre de la plateforme européenne des associations travaillant dans le même sens (ECCP), nous vous demandons avec insistance, au cas où vous en auriez l’intention, de ne pas participer à cette conférence et donc, de ne pas donner les divers mauvais signaux évoqués ci-dessus. La politique étrangère du Luxembourg a clairement indiqué à diverses reprises au cours des derniers mois son opposition à la colonisation et à l’occupation israéliennes. L’Union européenne a été très claire, elle aussi, en décembre dernier à ces sujets.

Nous osons donc espérer, Madame la Ministre, que vous ne participerez pas à cette conférence et que vous exprimerez clairement à l’OCDE les raisons de votre refus et nous nous tenons à votre disposition pour tout échange à ce propose et nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre haute considération.

Vous aimerez aussi...