Comment l’occupation a fini d’imposer la mentalité coloniale à la société israélienne

Lorsqu’éclata la seconde Intifada, en septembre 2001, Ami Ayalon, un ancien chef du Shin Beth, le service de sécurité intérieure israélien, me déclara dans une conversation privée : « Je préfèrerais cent fois un retrait des territoires palestiniens dans le cadre d’un accord de paix. Mais si c’est impossible, alors nous devons nous retirer unilatéralement. Le motif est simple : chaque jour qui passe sans que nous nous retirions rend plus difficile la perspective d’un retrait. Or sans fin de l’occupation, il n’y aura jamais de paix ». Je ne l’ai pas revu depuis et je ne sais pas s’il tiendrait toujours ces propos. Mais je sais qu’au-delà des ONG militantes, une minorité d’Israéliens, effarés, abattus et silencieux estiment, comme David Shulman, vivre dans un pays caractérisé par son « échec moral continu »8. Ceux-là savent que toutes les initiatives pour avancer vers « la paix » ne sont désormais qu’un leurre. Cinquante ans après la guerre de juin 1967, avec ou sans paix, le seul enjeu réel est la fin de l’occupation. Pour les Palestiniens évidemment, mais aussi pour les Israéliens.

Sylvain Cypel dans  ORIENT XXI

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