A propos du Rehaussement des relations U.E.-Israël

Lettre ouverte à M. J-Claude Juncker, P.M., à M. Jean Asselborn, Ministre des A.E., et à M. Nicolas Schmit, Ministre Délégué aux A.E.

Monsieur le Premier Ministre, Messieurs les Ministres,

Nous apprenons avec émotion et indignation que, sur proposition de Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères français, et alors que la France assure la présidence tournante de l’Union européenne, l’UE a décidé de renforcer ses relations avec Israël et de donner ainsi son aval à un durcissement de l’occupation des Territoires palestiniens, du siège imposé à la population de la bande de Gaza, de la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, ce qui rendra définitivement illusoire tout projet d’établissement d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967.

Ce faisant, les ministres des Affaires étrangères européens relativisent également l’importance du Parlement et des parlementaires européens qui avaient décidé le 3 décembre d’ajourner le vote sur le plan d’action, envoyant ainsi un signal clair à l’Etat Hébreu que l’approfondissement des relations UE-Israël devait être lié à des avancées réelles dans le processus de paix.
La décision des Ministres de l’UE a été adoptée le lundi 8 décembre à deux jours des commémorations du 6üe anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et le jour même où l’expert de l’ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens, Richard Falk, a assimilé la politique de punition collective d’Israël à un « crime contre l’humanité». Entre-temps, Israël vient de refuser au représentant de l’ONU l’entrée en Palestine, une décision tout à fait inacceptable qui ne peut s’expliquer que par le fait qu’Israël se sent dérangé par les rapports accablants de Richard Falk sur la situation des droits de l’Homme en Palestine.

La dite décision permettra à Israël de participer à tous les programmes européens et lui accordera le bénéfice d’une coopération renforcée sans aucune contre partie. Il concerne tous les domaines – politique, économique, scientifique ou sécuritaire.

On comprend que la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni ait qualifié cette annonce de « succès significatif pour la diplomatie israélienne, qui ouvre une nouvelle page» dans les relations avec l’UE, et ce alors que la politique israélienne organise l’impasse du processus de paix.

La décision des ministres des Affaires étrangères européens sera interprétée par le gouvernement israélien comme un message sans ambigüité selon lequel la poursuite de la violation de ses engagements et du droit international ne constitue pas une entrave à son intégration toujours plus poussée à l’UE. Mais un message adressé également aux Palestiniens selon lequel ils n’auront droit qu’à des sanctions et au déni de leurs droits, à des poussières d’Etat enclavées, étriquées, sans présent et sans avenir. Un message adressé encore aux militants de la paix anticolonialistes israéliens selon lequel l’Europe se moque de leur combat. Finalement, message aux citoyens européens selon lequel l’avenir en Méditerranée sera régi par le droit du plus fort.
Selon nos informations, la décision des Ministres a été unanime. Nous osons nous en étonner, car, au cours des dernières années, le Luxembourg et d’autres petits pays avaient osé faire entendre une voix quelque peu différente et étaient parvenus à infléchir ou atténuer ce genre de décision.

Engagés pour le droit et pour la paix, nous ne pouvons nous résigner à accepter une décision que nous considérons comme profondément injuste et dangereuse. Encore moins en ces jours où nous commémorons le 60e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Vous n’êtes pas sans savoir que la politique israélienne à l’égard des Palestiniens viole de façon flagrante la plupart des articles de la DUDH: Ne citons que le droit à la dignité, à l’égalité – sans distinction de religion-, à la liberté et à la libre circulation, à la protection contre la discrimination, à l’éducation, à la santé, à un niveau de vie suffisant, l’interdiction de la torture et le droit à un procès équitable, le droit à manifester pacifiquement, le droit à une nationalité, le droit à la propriété, le droit au retour …

Au lieu d’augmenter les privilèges d’un Etat non-membre, nous demandons au contraire la suspension de l’accord d’association entre l’UE et Israël tant qu’Israël ne respecte pas les droits humains et ne se conforme pas au droit international et à ses engagements.

De concert avec les militants pour la paix palestiniens, israéliens et européens, nous dénonçons le « rehaussement» des relations entre l’UE et Israël auquel les ministres viennent de consentir. Nous réfutons l’argument selon lequel une amélioration des relations permettrait à l’Union européenne d’influer sur la politique israélienne. Il suffit de voir ce qui se passe à Gaza, l’extension des colonies, l’épuration ethnique rampante et tous les faits accomplis de l’occupation depuis des dizaines d’années pour mesurer le succès de cette stratégie.

Messieurs les Ministres, nous vous demandons de vous opposer par tous les moyens à la mise en œuvre des conclusions du 8 décembre dernier, pour autant qu’elles visent un rehaussement sans conditions des relations avec Israël.

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