Processus de Paix ? 1Etat-2 Etats ? Demandez aux ministres !

« Il est temps de reconnaître que le processus de paix, comme nous le savons, est mort. Il n’y a plus de solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien. » J’ai écrit ces mots en 2009. Pourtant, six ans plus tard, la plupart des grands politiciens et experts à l’Ouest – en particulier de la tendance gauche/libérale – continuent à faire l’autruche, refusant de reconnaître cette vérité qui dérange : Mehdi Hasan, journaliste, auteur et commentateur politique primé, présentateur de l’émission Head to Head et UpFront.

Article publié sur Al Jazeera, en mai 2015, après les dernières élections en Israël . Un an après, en juillet 2016, il reste plus que jamais d’actualité à la vue des derniers développements en Israël et dans les Territoires occupés !

Traduit de l’EN par Nico, pour le CPJPO :

Lors d’un récent dîner à L’institut arabo-américain de Washington DC, le conférencier principal était la Conseillère pour la sécurité nationale des Etats-Unis, Susan Rice : elle a affirmé qu’une paix globale entre Israéliens et Palestiniens était encore possible. – « Nous espérons que le prochain gouvernement israélien montrera … un véritable engagement pour une solution à deux Etats ». – Il y en avait même certains dans le public pour l’applaudir.

Il n’y a pas de processus de paix

Le processus de paix est mort. Il n’y a pas de paix, et il n’y a pas de processus. Et la légendaire solution à deux états a été enterré avec lui.

Vous n’êtes pas obligés de me croire moi. Lisez plutôt les positions des nouveaux dirigeants d’Israël (ci-après) qui sont étonnamment ouverts, honnêtes et francs concernant leur opposition de longue date à la formule américaine de « deux Etats pour deux peuples ».

Alors que Rice attend du nouveau gouvernement israélien la « démonstration … d’un véritable engagement pour une solution à deux Etats », les ministres qui constituent ce gouvernement de coalition ont fièrement et publiquement démontré exactement le contraire ; certains d’entre eux depuis leur nomination à travers leurs déclarations officielles, et par Benjamin Netanyahu, plus tôt ce mois-ci.

Mais quelqu’un y prête-t-il seulement attention ? Dans une récente conférence de presse, le président américain Barack Obama a dit qu’il continue à « croire qu’une solution à deux Etats est absolument vitale, mais qu’il était aussi conscient que dans le nouveau gouvernement israélien qui a été formé … il y a certaines personnes qui ne croient pas nécessairement en cette prémisse ».

« Certaines personnes » est un euphémisme commode du président américain. Soyons clairs : Ce ne sont pas des voix marginales, ni une minorité d’extrémistes. Ce ne sont ni des « juniors », ni une poignée de « super-faucons ». Les faits (largement passés sous silence) concernant ce sujet est que la grande majorité des ministres qui composent le cabinet du 34e gouvernement d’Israël, en partant du premier ministre jusqu’au bas de l’échelle, ne croit pas à une solution à deux Etats, ne veut pas d’une solution à deux Etats, ne pense pas qu’une solution à deux Etats arrivera un jour !

Donc, cessons de prétendre le contraire, s’il vous plaît !

Voici donc, avec leurs propres mots …

1) Benjamin Netanyahu, le Premier ministre (Likoud)

Au cours de la récente campagne électorale israélienne, Netanyahu – qui a une longue histoire d’opposition à l’autodétermination palestinienne, en dépit d’avoir accepté un jour l’idée d’un Etat palestinien démilitarisé dans un discours à l’Université Bar-Ilan en 2009 – exclu un Etat palestinien indépendant sur son agenda.

Comme le rapporte CNN : Interrogé par un enquêteur du site d’infos israélienne, NRG, si c’était vrai qu’un Etat palestinien ne verrait jamais le jour tant qu’il serait Premier Ministre, Netanyahu a répondu : « En effet ! »

Face aux critiques de la Maison Blanche, il a ensuite essayé de rétropédaler concernant cette remarque spécifique à la télévision américaine, mais son propre parti a publié une déclaration en son nom, au cours de la campagne, qui a explicitement déclaré que « tout territoire évacué tomberait dans les mains d’organisations islamiques extrémistes et terroristes soutenus par l’Iran », et par conséquent, « il n’y aura ni concessions, ni retraits, c’est tout simplement hors de propos ».

2) Silvan Shalom, ministre de l’Intérieur (Likoud)

Netanyahu a nommé Shalom comme négociateur en chef d’Israël avec les Palestiniens, alors que, selon Haaretz, lors d’une réunion de militants du Likoud en 2012, ce dernier a déclaré : « Nous sommes tous contre un Etat palestinien, il n’y a aucun doute à ce sujet ». Il a également appelé la Cisjordanie occupée, un « gilet pare-balles » pour Israël.

3) Tzipi Hotovely, ministre adjoint des Affaires étrangères (Likoud)

Quoique seulement ministre délégué, Hotovely est de facto ministre des Affaires étrangères dans le nouveau gouvernement – Netanyahu l’étant techniquement – et, par conséquent, elle est l’envoyée d’Israël de par le monde.

En 2012, elle a dit qu’elle était « opposée à un Etat palestinien » et, dans son discours inaugural devant les diplomates israéliens le 21 mai 2015, selon l’AP, Hotovely a déclaré : « Cette terre est la nôtre, elle est nôtre entièrement, nous ne sommes pas venus ici pour nous en excuser … Nous attendons, comme question de principe, que la communauté internationale reconnaisse le droit d’Israël de construire des maisons pour les Juifs dans leur patrie, partout ».

4) Moshe Yaalon, ministre de la Défense (Likoud) 

note de traducteur – remplacé entretemps par Avigdor Lieberman !

Yaalon, ancien partisan du processus de paix d’Oslo, qui avait déjà appelé précédemment à l’utilisation de la chimiothérapie contre le cancer de la menace palestinienne, a déclaré à Charlie Rose en 2014 : « Nous devons trouver une autre solution, pas toujours parler des frontières de 1967 et d’un Etat palestinien ».

5) Naftali Bennett, ministre de l’éducation (Jewish Home)

Mise à part sa comparaison récurrente des Palestiniens à des singes, Bennett, ancien chef du Conseil Yesha, qui représente les colonies illégales d’Israël, a déclaré au New Yorker en 2013 : « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’ils n’aient jamais un état. »

Dans une interview avec le Guardian de la même année, il avait expliqué : « il n’y aura pas d’Etat palestinien … cela n’arrivera tout simplement jamais ».

6) Ayelet Shaked, ministre de la Justice (Jewish Home)

Mis à part le partage d’un post sur sa page Facebook pendant la guerre de Gaza de 2014, qui faisait référence aux enfants palestiniens comme des « petits serpents », Shaked a déclaré lors d’une réunion de campagne à Tel Aviv en Février : « Nous devons gérer le conflit et ne pas abandonner un seul centimètre de terre. Oui, ce n’est pas parfait, mais cela vaut mieux que toute autre alternative ».

7) Uri Ariel, ministre de l’agriculture et du développement rural (Jewish Home)

Ariel, ancien secrétaire du Conseil des colons Yesha , a déclaré en 2013 : « Nous devons dire clairement qu’il n’y aura pas un Etat palestinien à l’ouest du Jourdain ».

8) Yisrael Katz, ministre des Transports et du renseignement (Likoud)

Lors d’une réunion du Conseil exécutif des communautés juives de Judée et de Samarie en 2013 : « Je suis opposé à un Etat palestinien. Il est inacceptable, surtout à cause de nos droits sur cette terre ».

9) Haim Katz, ministre des Affaires sociales (Likoud)

Commentant la violence palestinienne en 2013, Katz a déclaré : « La conclusion est claire », et elle est « de ne pas établir un Etat palestinien, car cela deviendra un état terroriste à la périphérie de Tel-Aviv ».

10) Danny Danon, ministre de la science et de la technologie (Likoud)

note du traducteur : nommé entretemps à la présidence de la commission de l’Assemblée générale de l’ONU chargée des questions juridiques !

Dans une interview sur Radio Israël National en 2012, Danon avait dit que le processus d’Oslo était fini, déclarant : « Assez avec cette solution à deux Etats. La Terre pour la Paix, c’est fini. Nous ne voulons pas d’un État palestinien. Nous devons appliquer la souveraineté israélienne sur toutes les communautés juives en Judée et Samarie [Cisjordanie occupée] ».

11) Zeev Elkin, Ministre en charge des affaires de Jérusalem et de l’immigration (Likoud)

Elkin a dit que Netanyahu avait tort d’avoir laissé entrevoir la possibilité d’un Etat palestinien (démilitarisée) et, dans une interview avec le Journal de la souveraineté en 2013, il a expliqué : « Quiconque s’oppose à la solution de deux états n’a pas besoin de présenter une solution de rechange parce que la situation de base est que ce territoire nous appartient ». – Il était encore plus explicite en 2011: « Il n’y a pas de place pour un Etat palestinien, ni dans des frontières provisoires, ni dans une autre configuration. »

12) Yariv Levin, ministre du tourisme (Likoud)

Dans un discours devant des colons en 2014, Levin a déclaré : « Nous devons … laisser derrière nous les slogans de terre pour la paix et deux Etats pour deux peuples, parce que la solution à deux Etats n’est pas une solution ». Un an plus tôt, il a révélé : « Nous allons essayer, lentement mais sûrement, d’élargir le cercle des colonies de peuplement et d’étendre ensuite les routes … A la fin de ce processus, les faits sur le terrain seront tels que ce qui reste [de la Cisjordanie occupée] ne sera qu’un appendice marginal ».

13) Ofir Akunis, ministre sans portefeuille (Likoud)

Akunis a été cité dans le numéro de Mars 2015 du Journal de la Souveraineté : « Mon objection à un Etat palestinien provient principalement du fait que notre droit à la terre est éternel et irrévocable. La terre d’Israël est la propriété du peuple juif et il n’y a personne au monde qui abandonnerait sa patrie ».

En 2013, il a dit à Arutz Sheva: « Je vais m’opposer à tout plan qui comprendrait deux états … Ceci est ma position idéologique et historique ».

14) Miri Regev, ministre de la culture et du sport (Likoud)

Regev a parrainé un projet de loi appelant Israël à annexer la vallée du Jourdain pour ainsi contrecarrer toute évolution vers un Etat palestinien indépendant. Si le projet de loi Regev devait aboutir, observe le Jerusalem Post en 2013, Netanyahu serait incapable d’accepter l’offre américaine de mettre la vallée du Jourdain et les passages frontaliers vers la Jordanie sous contrôle palestinien. »

Comme le Daily Beast a noté en Février, Regev est un ardent conservateur qui s’oppose fermement à une solution de deux Etats du conflit israélo-palestinien.

15) Gila Gamliel, ministre pour l’égalité entre les sexes, les minorités et les citoyens seniors (Likoud)

Adversaire du désengagement d’Israël de Gaza en 2005, Gamliel disait dans une interview 2013 avec Al Monitor, qu’elle « refusait le mot occupation en référence à la Cisjordanie, voudrait que Gaza s’annexe à l’Egypte, et que quelques Palestiniens peuvent s’annexer à la Jordanie. Ils ont de nombreux pays. »

16) Gilad Erdan, Ministre de la sécurité publique, des affaires stratégiques et de la diplomatie publique (Likoud)

Prenant la parole lors d’une conférence contre le terrorisme en 2014 dans un Institut international, Erdan a déclaré : « Continuer à parler d’un Etat palestinien avec la même détermination et la même confiance qu’il y a 15 ou 20 ans est irresponsable ».

L’article original en EN, avec les liens vers les citations : AL JAZEERA

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