18 mai 2018 – Piquet de solidarité avec les Palestiniens (Texte de l’intervention prononcée)

Il y a ceux qui rient ; il y a ceux qui pleurent. A Gaza, on pleure, les morts, les amputés, les handicapés à vie, à Gaza on pleure et l’on crie d’étouffer depuis plus de 10 ans dans cette prison à ciel ouvert, une prison surpeuplée où l’eau est insalubre, l’électricité rare, les hôpitaux démunis, les infrastructures en miettes après chaque attaque israélienne (2008, 2012, 2014), la reconstruction impossible en raison du blocus terrestre, maritime et aérien imposé par IL et l’Egypte. 

A Jérusalem, l’on rit et l’on se congratule, Netanyahou a gagné le gros lot, Trump lui a amené Jérusalem sur un plateau, piétinant avec jubilation le droit international. A Jérusalem, l’on célèbre l’ambassade US, en costume cravate et robes élégantes, avec la complicité de 32 Etats (dont 4 pays membres de l’UE : Autriche, Hongrie, Roumanie et République tchèque); et  l’on s’amuse aussi, Israël a remporté l’Eurovision, ce n’est pas rien. A Jérusalem, on ne va pas gâcher son plaisir. D’ailleurs, tous ces morts palestiniens, c’est évident, non ?, c’est de la faute des Palestiniens eux-mêmes, du Hamas, c’est tout pareil vu de Jérusalem ; les snipers israéliens n’y sont pour rien ou presque… La conscience morale israélienne est morte le 14 mai 2018, écrit le journaliste israélien Gideon Levy. On n’occupe pas 50 ans durant un autre peuple sans perdre sa moralité…

Le 30 mars 2018, les Palestiniens de Gaza, dont 65% sont des réfugiés et descendants de réfugiés de 1948, ont commencé leur Marche du Retour, chaque vendredi puis ce fameux lundi 14 mai, marquant 70 ans depuis l’expulsion de 750 000 civils palestiniens de leurs terres. La résolution 194 de l’ONU du 11.12.1948 leur a promis le retour dans leur foyer. L’attente est longue.

Avec cette Marche, ils ont voulu commémorer cette injustice historique, et dire leur refus de la nouvelle injustice en train de se produire sous leurs yeux et qui vise à les priver de Jérusalem-Est comme capitale. Ils ont aussi voulu lancer un cri d’alarme, un cri de détresse : ne nous oubliez pas, ne nous laissez pas mourir à petit feu! Nous voulons être libres et vivre dignement !

 La réponse d’Israël, vous la connaissez.

 Les manifestants étaient sur leur terre, ils n’avaient pas d’autres armes que des frondes. Bien sûr ce ne sont pas tous des bisounours, quels jeunes vivant dans ces conditions le seraient ? Les balles étaient réelles, des balles explosives, qui font un trou d’un cm en entrant, un trou de 20 cm en sortant. Il faut mutiler, il faut mater.

Nous entendons souvent et bien sûr nous sommes d’accord : Israël a le droit de vivre en sécurité. Et les Palestiniens ? Leur reconnait-on ce droit ? 60 morts et 2400 blessés la seule journée du 14 mai, dont plus de 750 à balles réelles. Côté israélien ? Tout va bien, merci, on a testé notre matériel militaire, on le vendra d’autant mieux aux prochaines foires de l’armement…

La sécurité d’un peuple ne peut se faire au détriment des droits fondamentaux d’un autre. Seules la fin de l’occupation, de la colonisation et une paix juste négociée dans le cadre du droit international peuvent garantir la sécurité aux peuples israélien et palestinien. Marwan Barghouti, le Mandela palestinien dit : « Le dernier jour de l’occupation sera le premier jour de la paix». 

Nous refusons que la loi de la jungle régisse les relations internationales, cette loi du plus fort et du plus égocentré, à la manière de Trump, qui risque de déclencher des cataclysmes en série, des cataclysmes dont les victimes sont rarement les décideurs. 

Prenons garde à la déshumanisation qui fait de 30 000 manifestants non armés des terroristes, elle ouvre la porte au pire.

Malheureusement la communauté internationale, que ce soit l’ONU, l’UE, les démocraties occidentales si fières de leurs principes, sont aux abonnés absents. Une fois de plus.

Que pouvons-nous faire, nous, citoyens du monde et de bonne volonté ? 

Nous rassembler comme aujourd’hui pour que nos dirigeants entendent nos voix.

Faire pression sur nos gouvernements et l’UE pour que des sanctions soient prises, comme le permettent et l’exigent le droit international et le droit de l’UE.

Au Luxembourg, nous saluons l’engagement de notre ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn. Dans un mouvement rare, il a convoqué l’ambassadrice israélienne, un geste diplomatique nécessaire. Après tant d’années de mépris du droit international et d’aggravation de la situation humanitaire, il faudra passer aux actes, la coopération économique et sécuritaire entre le Lux et IL devra être suspendue, pas de prime à l’occupation et au massacre de civils !

Ce que nous pouvons faire encore :

Soutenir nos amis israéliens qui luttent contre l’occupation et les violations des droits de l’homme, tels que Breaking The Silence, Betselem, Gush Shalom (Bloc de la Paix), les Rabbins pour les droits de l’homme, le Comité israélien contre les démolitions de maisons (ICAHD) toutes violemment attaquées aujourd’hui par le gouvernement israélien d’extrême-droite. C’est l’historien israélien spécialiste du fascisme Zeev Sternhell qui le dit: « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts »

Vous pouvez aussi Boycotter les fruits de l’occupation, exiger des artistes et des sportifs qu’ils refusent de participer au blanchiment de l’occupation et de ses crimes.

Bien entendu vous pouvez aussi nous rejoindre ou aider notre projet pour les enfants du camp de réfugiés de Jénine

« Laisser Israël dans l’impunité est le plus mauvais service que vous pouvez rendre au peuple israélien… Il en est des peuples comme des enfants : dénoncer les crimes de l’occupation coloniale israélienne n’est pas seulement faire justice aux Palestiniens, mais empêcher que la société israélienne se jette dans le précipice. » Lea Tsemel, avocate israélienne et défenseuse des droits de l’homme, titulaire du Prix des droits de l’homme de la République française 

Avant que nous nous quittions, je voudrais vous demander qch. Nos amis palestiniens nous le répètent, savoir que tant d’hommes et de femmes dans le monde sont solidaires de leur cause les aide à garder courage. Hanan Al Hroub, la titulaire palestinienne du Global Teacher Prize 2016 en fut très émue lors de son passage au Lux en avril : « Je croyais que tout le monde nous avait abandonnés, mais j’ai vu ici que nous n’étions pas seuls », nous a-t-elle confié.

C’est pourquoi j’aimerais demander à chacun d’entre vous de prendre la main de son voisin, de sa voisine, afin de former une chaine d’union symbolisant cette solidarité, solidarité avec les Palestiniens et tous les peuples comme les peuples syrien et yéménite, victimes de jeux de pouvoir mortifères.

Et d’observer une minute de recueillement.

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